Carmélite en prière

Au cœur de notre monde, les contemplatifs interpellent croyants et non croyants.

Qui sont ces hommes et femmes qui renoncent à presque tout ce qui constitue la vie commune et semble lui donner sa saveur ?

Vie de famille, amis, travail, loisirs, confort matériel, argent, liberté d’action et de déplacement, vie en société… tout cela ils le quittent volontairement. Ils ne le font pas de bon cœur, ils le font avec un désir ardent, s’estimant les plus heureux de tous les hommes !

Mais quel peut bien être cet attrait secret qui les conduit là ? Ce sont souvent des hommes ou femmes qui ont une vie d’adulte construite, une carrière épanouissante, une vie sociale intense, des expériences de voyage passionnantes.

Mais pour autant, l’attrait est plus fort que tout, et ils décident de passer leur vie dans ces lieux retirés et austères qu’on appelle les monastères.

Alors ?

Alors la réponse est fondamentalement unique. Elle porte un nom et un visage.

Ce nom et ce visage, c’est celui de Jésus.

Le moine ou la moniale sont fondamentalement des amoureux. Amoureux de Dieu certes, mais surtout de ce Dieu qui s’est fait homme en Jésus.

Ce n’est pas la peine de parler de la vie monastique, si l’on ne parle pas d’abord de l’amour du contemplatif pour Jésus.

Tout ce qui apparaît comme sacrifice ne peut se comprendre que comme sacrifice en vue d’un plus grand amour et d’un bonheur durable et profond, qui n’est donné que par Jésus, Fils du Dieu vivant.

Il y a bien de l’affectif dans l’amour du contemplatif pour Jésus.

Le contemplatif n’est pas désincarné, il n’est pas un pur esprit, il a besoin de porter son cœur, comme tout le monde, vers un être aimé et désiré par dessus tout.

Cet être, c’est Jésus.

Mais pourquoi le contemplatif éprouve-t-il un amour si intense et débordant qu’il lui faille renoncer à tout pour suivre Jésus, et Jésus seul, dans la solitude pour le restant de sa vie terrestre ?

C’est que cet amour est une réponse à l’amour premier de Jésus pour le contemplatif.

Le contemplatif éprouve l’amour de Jésus pour lui. C’est un amour qui ne peut pas s’imaginer, il faut l’expérimenter.

Saint Bruno, le fondateur des moines chartreux, écrivait :

« Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience. »

Guillaume de Saint-Thierry écrivait aux chartreux du Mont-Dieu :

« Que les autres servent Dieu ; quant à vous, vous devez adhérer à Lui. Que les autres croient en Dieu, le connaissent, l’aiment et le révèrent ; à vous de le goûter, de le comprendre, de le connaître, de le savourer. »

Tout dépend de mon rapport à Jésus, du plus lointain au plus proche.

Je peux le connaître par les histoires qu’on m’en a raconté.
Je peux le connaître en lisant les Évangiles.

Je peux le connaître en étant chrétien pratiquant.
Je peux le connaître en développant une vie de prière personnelle.

Je peux le connaître parce qu’il s’est révélé à moi.

Je peux le connaître parce qu’il est devenu le tout de ma vie, et je peux dire comme saint Paul :

« Ma vie, c’est le Christ. »

Jésus attire le contemplatif parce qu’il veut être avec lui, il veut même venir en lui et y faire sa demeure.

Jésus ne veut pas seulement réchauffer l’homme du feu qu’il porte, il veut le plonger dedans pour que l’homme devienne lui aussi brûlant de l’amour de Jésus pour le monde.

La métaphore du feu est excellente pour nous révéler quel est le type d’amour que Jésus veut instaurer entre lui et nous.

En grec, le mot « baptizein », baptiser, veut dire plonger.

Jésus a dit : « Je dois recevoir un baptême, et comme il me tarde de le recevoir ». Jésus veut plonger dans la mort et la résurrection, pour que nous aussi nous fassions ce plongeon.

Le moine ou la moniale se sent appelé à vivre au quotidien cette plongée dans l’amour de Jésus. Il s’agit d’être tellement consumé par cet amour que nous sommes « christifiés », transformés en Jésus même.

Pour ceux qui craindraient de perdre leur identité, ils doivent savoir que cette transformation renforce l’identité personnelle plutôt qu’elle ne l’amoindrit. En effet, Dieu nous a créé différents comme les instruments d’une symphonie, et son amour veut justement nous révéler à nous-même les raisons de nos particularités.

Bien loin de nous niveler, l’amour transformant de Dieu rend fécondes nos singularités.

Les contemplatifs évangélisent-ils ?

Les contemplatifs sont des phares dans la nuit du monde. Certes tous les chrétiens sont « lumière du monde » à l’image de Jésus, comme il le dit lui-même.

Mais il y a une lumière particulière liée à ce mode de vie.

L’incandescence de la vie monastique et son incongruité dans le monde moderne sont comme des aimants pour ceux qui sont intrigués par le surnaturel, ou simplement par un mode de vie inhabituel et manifestement heureux.

Les contemplatifs évangélisent puissamment par ce qu’ils sont, par leur mode de vie et leur liturgie.

Ils n’ont pas besoin de sortir de leur monastère pour aller prêcher dans les villes voisines. Ça serait même contre-productif, car c’est la qualité même de leur union à Jésus dans la solitude qui évangélise.

Quand le contemplatif est seul dans sa cellule, c’est là qu’il évangélise le mieux, car c’est la qualité de son union à Jésus qui conditionnera son rayonnement quand les visiteurs et hôtes le verront et l’entendront matériellement, lors de la liturgie et aussi dans le contact direct avec les visiteurs et hôtes le cas échéant.

Prions pour que dans nos communautés et dans le monde non chrétiens, de nombreuses personnes, voyant les contemplatifs, veuillent en savoir plus sur cette vie, et que d’authentiques rencontres avec Jésus se fassent de ce fait.

Qu’une moisson abondante de jeunes et moins jeunes, chrétiens ou non, soient touchés et rejoignent ces lieux de grâce pour s’y laisser brûler du feu divin, et ainsi deviennent des apôtres par embrasement progressif, des apôtres par propagation du feu de l’amour de Dieu.

Que ton amour, Seigneur, nous embrase ! Viens Seigneur Jésus ! Viens nous brûler de ton feu !