Le monastère de Currières, au cœur du massif de la Chartreuse. Le monastère des sœurs est à gauche, celui des frères à droite.

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Il est bon dans notre vie, autant que possible de manière régulière, de rejoindre Dieu au désert.

Ceux qui, à la lecture de l’article, se sentent frustrés de ne pas pouvoir faire une retraite ou même prendre un ou deux jours à l’écart peuvent lire des réflexions à ce sujet après l’article.

Cet article évoque une retraite en silence, non prêchée et en solitude.

C’est très différent d’une retraite en silence, prêchée et en groupe.

Rien n’empêche de tester l’une et l’autre, c’est pourquoi je donne ici un aperçu de la forme que je pratique.

Au bas de l’article, vous trouverez des adresses de lieux où faire une retraite en solitude, monastères masculins et féminins.

En 2022, j’ai fait une retraite non pas au monastère de la grande Chartreuse, mais dans le massif de la Chartreuse, à côté de Grenoble.

La grande Chartreuse n’accueille pas de retraitants. Par contre, à quelques kilomètres de là se trouve un monastère de la congrégation de Bethléem.

Cette congrégation, tout comme les Chartreux, est de type semi-érémitique.

Cela veut dire que les moines sont tous dans le même monastère. Cependant, ils sont le plus souvent seuls dans leur cellule, où ils prient, mangent, dorment, travaillent et étudient la Parole de Dieu.

La vie communautaire quotidienne se réduit à la messe, aux vigiles (office de nuit) et aux vêpres (office du soir). Le dimanche, un repas commun en silence et une marche où les moines peuvent se parler viennent compléter cette vie communautaire plutôt réduite.

L’idée est que le moine (ou la moniale car l’ordre est mixte) soit seul avec le Seul. Absolument toute la vie est organisée pour que le moine demeure uni à Dieu au cours de toutes ses occupations. Les journées doivent peu à peu devenir une prière ininterrompue.

Saint Bruno, le fondateur de la chartreuse au XIIe siècle écrivait au prévôt de Reims dans une courte expression : « Abandonner les réalités fugitives et chercher à saisir l’éternel ».

Benoît XVI, dans une homélie donnée à la chartreuse de Serra San Bruno (Italie) en 2011, disait ceci : « En se retirant dans le silence et dans la solitude, l’homme, pour ainsi dire s’“expose” au réel dans sa nudité, il s’expose à ce “vide” apparent pour faire en revanche l’expérience de la plénitude, de la présence de Dieu, de la réalité la plus réelle qui soit, et qui est au-delà de la dimension sensible. »

Les retraitants sont invités à vivre quelque chose de cela, car ils sont, eux aussi, dans des petits logements à plusieurs dizaines de mètres du monastère, seuls avec le Seul.

Bien sûr, entre 5 jours et 60 ans de vie au monastère, la différence est de taille !

Cependant vivre plusieurs jours dans le silence total, seul avec le Seul, est une expérience qui nous rapproche de manière déconcertante de Celui qui est la vie de notre vie.

Il y a d’importants changements entre la retraite et la vie dans le monde :

  • la solitude complète. Dans la journée, je ne parle à aucun être humain et, à l’office, j’entends la belle voix des moines mais je ne vois pas leur visage, leur capuchon est rabattu. Pendant la messe, je vois seulement le célébrant et le moine qui me donne la communion.
  • Les repas sont déposés par un moine dans une salle, les retraitants viennent les chercher et ne voient donc pas le moine.
  • Les repas se prennent en solitude. Une Bible et des livres spirituels sont mis à disposition.
  • Il n’y a aucun bruit de fond, sinon le chant des oiseaux. Les logements sont derrière le monastère. Le chemin d’accès est un cul de sac, donc les voitures ne passent pas. Personne ne discute à l’extérieur.
  • Le monastère est isolé en montagne. Les seules distractions visuelles sont les beautés des bois, des roches et des mouflons qui viennent brouter jusque sous les fenêtres !
  • Il n’y a pas de réseau (enfin !).
  • On peut aller prier de jour comme de nuit dans une chapelle où Jésus Eucharistie est présent. Quelle grâce !
  • La petite maison des retraitants comprend un oratoire qui permet de pratiquer l’oraison à n’importe quel moment, y compris au milieu de la nuit.

En fait, le retraitant est totalement libéré des contraintes de la vie dans le monde pour pouvoir se consacrer exclusivement à sa rencontre avec Dieu dans le silence.

Silence

Pourquoi ce raffinement extrême dans le silence ?

Il est écrit qu’Élie à l’Horeb perçut Dieu dans le murmure d’une brise légère.

Dieu peut bien sûr se révéler où et comme il veut, même dans l’agitation la plus extrême. Mais comme tout grand amoureux, il recherche l’exclusivité. Il veut que nous soyons attentif à ce qu’il veut nous dire. Dans notre condition humaine, nous devons autant que possible rechercher des espaces de silence. Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir le faire, entre le travail et la vie de famille. Alors c’est à nous de le rechercher autant que possible dans toute notre vie telle qu’elle est, car Dieu voit notre bonne volonté.

Le retraitant a la grâce extrême, comme le moine, de pouvoir à tout moment écouter la douce voix divine, imperceptible aux sens extérieurs, mais perceptible à celui qui se tient humblement devant ce Père si bon, devant Jésus qui veut venir le serrer sur son cœur car il nous chérit.

Bien sûr, notre cœur est rempli du bruit du monde, de notre vie et de nos soucis. Famille, travail, argent… Tout ce que nous portons en nous en arrivant ne reste pas à l’extérieur de notre ermitage.

Dieu sait parfaitement tout cela, et ça ne l’empêchera de travailler avec, et même de le transformer pour sa Gloire et notre bien.

Mais le silence extérieur nous permettra progressivement de limiter tout cela, peut-être après beaucoup de combats intérieurs.

Combien de retraitants confessent qu’il leur a fallu plusieurs jours avant de « déposer les armes » et de commencer à se sentir vides puis remplis de Dieu ?

Mais après, quelles merveilles !

Solitude

La solitude est dans la Bible le lieu de la rencontre avec Dieu. La Bible rapporte de manière détaillée la rencontre d’Élie avec Dieu, mais combien de prophètes, et Jésus lui-même, rencontraient Dieu dans la solitude.

« Jésus se retira et il pria toute la nuit. »

Puis il redescend et choisit les apôtres qui mettront le feu au monde (sauf Judas bien sûr).

Plusieurs fois, Jésus se retire ainsi.

Le principe de la retraite au désert pour rencontrer Dieu est donc une tradition qui parcourt toute l’histoire du judaïsme puis du christianisme.

Seul, l’homme se dépouille de tout se qui peut lui faire croire qu’il est quelque chose : argent, pouvoir, carrière, relations… tout cela disparaît, et il se retrouve nu face à Dieu.

Alors Dieu peut enfin agir dans l’homme, puisque l’homme ne peut plus agir par lui-même.

La solitude est la caractéristique première du moine.

Le mot moine vient de μονος, « monos » qui veut dire seul, en grec.

La solitude permet, comme le silence, de limiter au maximum les distractions.

Si je suis avec d’autres personnes, je peux certes être « avec Dieu » mais d’une manière complètement différente de celle de la prière.

Je vais me mettre au service d’une ou de plusieurs personnes en sachant qu’à travers elles, c’est aussi Jésus que je sers.

Je peux aussi toucher Dieu dans la prière liturgique, la messe et les offices.

Mais la prière individuelle est absolument indispensable à la rencontre personnelle avec Dieu.

Il est normal et sain que certaines personnes soient appelés à un cœur-à-cœur continuel avec Dieu.

En effet, Dieu est Dieu, l’adorer pour lui-même est donc quelque chose qui peut remplir une vie entière.

Donc la solitude est non seulement précieuse, mais indispensable si l’on veut faire de sa vie entière une prière à la louange et à la gloire de Dieu. (Note : même sans faire ce type de retraite, les laïcs peuvent trouver des temps de solitude plus ou moins longs pour se laisser saisir par le Dieu d’amour)

Le retraitant solitaire goûte quelque chose de cela. Il ne peut pas se dérober. Ses journées s’écoulent, et petit à petit, les choses bougent en lui, il met en veilleuse les choses de la terre et s’ouvre aux choses du Ciel. Il découvre des horizons insoupçonnés, et d’abord l’amour de Jésus pour lui.

Il prend de la hauteur, et sait qu’il ne sera pas seul en redescendant. La confiance en Dieu lui est donnée.

La prière

Le retraitant comme le moine est mis dans des conditions si propices que la prière peut littéralement couler de son cœur, et l’amour de Dieu couler dans son cœur.

C’est un échange. J’exprime ma reconnaissance, et Dieu me donne plus encore de joie et de paix, non sans combats parfois.

Jésus a parlé des choses du Ciel à Marie de Béthanie qui écoutait en silence à ses pieds.

Alors certains peuvent craindre de s’ennuyer.

« Mais je ne sais pas prier en silence. »

Ou bien : « Prier une heure par jour devant le Saint-Sacrement d’accord, mais là vous me parlez de prier des heures et des heures ! »

Ou bien : « Je ne peux pas tenir en place des journées entières assis à regarder un tabernacle. »

Qu’il y ait un peu de combat pour durer dans la prière, c’est normal.

Le retraitant n’est pas là pour maintenir la même vie que dans la vallée.

Maintenant ce n’est pas la peine de paniquer.

Dieu ne veut pas nous forcer.

Il existe souvent des moyens de marcher autour du monastère. C’est souvent beau, et on peut parfois marcher de nombreuses heures.

Si on a l’impression de faire un effort démesuré, des lectures spirituelles sont proposées, souvent fort intéressantes, des vies de saints par exemple.

Rien n’empêche d’emporter avec soi un tel livre que nous n’avons pas encore eu le temps de lire, un texte des papes par exemple.

On peut demander conseil à ce sujet au frère ou à la sœur qui nous a accueilli.

(Note : même si le but est d’éviter au maximum les distractions, on peut : apporter un travail manuel, de la couture par exemple ; écrire sur un sujet spirituel ; écrire des lettres papier à mes proches ; recopier la Bible ; mémoriser la Bible…)

Mais bien sûr, passer délibérément à côté de la prière personnelle pendant une retraite, c’est, sauf très rares exceptions, passer à côté de la retraite elle-même.

La retraite n’est pas là pour passer un bon moment spirituelle, mais pour rencontrer Dieu personnellement et pour qu’il puisse faire en nous son œuvre.

La retraite est faite à la fois pour nous et pour le service que Dieu veut nous faire faire dans le monde. Certains croient que Dieu n’a pas de projet pour eux. C’est très dommage car Dieu veut faire ses œuvres à travers nous, la vie des saints le prouve abondamment !

Donc je fais une retraite certes pour moi mais aussi pour que Dieu puisse agir dans le monde par moi, l’enjeu est énorme !

Donc livrons-nous sans tarder à la prière personnelle dès que nous arrivons en retraite.

Laissons Jésus nous accueillir et commencer à prendre possession de son bien que nous sommes.

Disons-lui combien nous sommes heureux de pouvoir enfin lui consacrer du temps puis faisons silence. Il a tant à nous dire si nous nous taisons !

Alors combien de temps d’oraison ? Une demi-heure par jour ? Plutôt une heure, et pourquoi pas une heure et demi ou deux heures, dès lors que nous avons du « temps libre ».

Qu’est-ce qui l’empêche ? L’ennui ? Un inconfort quelconque ? Mais une retraite c’est si court ! Souvenons-nous du privilège extrême que nous avons de pouvoir faire cette retraite quand nous sommes tentés de sauter un temps de prière que nous avions prévu ou de le réduire à la portion congrue.

N’oublions pas un ingrédient : une bonne confession ! Le frère ou la sœur d’accueil peut nous trouver un rendez-vous avec le prêtre qui célèbre la messe ou un autre.

Quels fruits pour une retraite ?

En retraite, notre cœur ayant, en partie au moins, fait de la place à Dieu, celui-ci peut agir, et parfois vraiment faire bouger les choses en nous. Une nouvelle vision sur ma vie, une nouvelle force pour repartir courageusement dans les devoirs qui sont les miens, ou tout simplement la joie de m’être rapproché de celui qui est si proche.

Parfois aussi une conversion radicale, un retournement complet.

En tout cela, Dieu se glorifie et me conforte dans ma bonne idée d’avoir choisi d’aller l’écouter sur la montagne.

Oui, comme Jésus qui se retirait seul et en silence sur la montagne, n’hésitons à nous retirer dans notre chambre, dans une chapelle ou une église et pourquoi pas dans un monastère pour quelques jours.

Merci Seigneur pour les moines et moniales qui nous montrent la voie vers toi !

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Je ne peux pas cesser mes activités

Que se passe-t-il si je suis dans l’incapacité de faire retraite ou de me retirer pour prier, même pour un ou deux jours ?

La prière est un appel de Dieu au quotidien. Si je désire faire retraite, mais que j’en suis empêché, Dieu voit cette volonté et me donne les grâces qui correspondent à mon état de laïc qui ne peut pas faire de retraite. Offrir à Dieu cette contrariété est un très beau sacrifice, puisque j’offre ce que je voudrais faire pour me rapprocher de Lui.

Alors je peux chercher à saisir tous les petits moments possibles pour prier, chez moi, au travail, dans la rue, dans les moments, même très courts, ou je suis seul. Et je peux tenter de planifier un week-end ou plus, même très loin.

Réserver une place dans un monastère

Les monastères peuvent parfois accueillir des réservations un an à l’avance.

Dire à son entourage très longtemps à l’avance que l’on s’est réservé ce temps, c’est une bonne manière de le défendre quand on sera tenté de l’abandonner.

Des adresses de monastères pour les retraites personnelles en solitude et en silence.

Pour femmes :

Monastère de Bethléem, Currières

Monastère Ste Cécile de Solesmes

Thoronet ?

Pour hommes :

Monastère de Bethléem, Currières

Monastère de Ganagobie 04 92 68 00 04

Monastère St-Pierre de Solesmes

Monastère de Sept-Fons

Monastère de Cîteaux

En-Calcat

Kergonan

La chapelle des sœurs