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Comment pardonner selon la Bible ?

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Temps de lecture estimé : 4 min 30

Dans la Bible, plus précisément dans l'Évangile, on voit Jésus pardonner à ceux qui sont en train de le crucifier.
Il dit précisément : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Luc 23, 34)
Comment peut-il pardonner à ce moment-là ?
Remontons un peu dans la Bible.

La loi de la jungle

Dans les premiers temps bibliques, c'est la violence brute qui prévaut, la loi de la jungle, à la manière animale. Il n'y a pas de mesure entre la faute commise et la sanction, comme on le voit dans le livre de la Genèse, au chapitre 34.

« Dina, la fille que Léa avait donnée à Jacob, sortit pour aller voir les filles du pays. Sichem, le fils de Hamor le Hivvite, prince du pays, la vit et, l'ayant enlevée, il coucha avec elle et lui fit violence. » (versets 1 et 2) « Les deux fils de Jacob, Siméon et Lévi, les frères de Dina, prirent chacun son épée et marchèrent sans opposition contre la ville : ils tuèrent tous les mâles. Ils passèrent au fil de l'épée Hamor et son fils Sichem, enlevèrent Dina de la maison de Sichem et partirent. » (versets 25 à 27)

 

Le viol de Dina est puni par le meurtre du violeur, de son père et de tous les hommes de la ville.
C'est l'escalade de la violence, la porte ouverte à toutes les barbaries, puisque rien n'empêche de répondre à la violence par une violence bien plus grande.

La loi de la proportionnalité

Dans le livre du Lévitique , on voit apparaître la loi du talion, si célèbre, où la sanction est proportionnée à la faute, ce qui a pour but d'éviter l'escalade de la violence.
Lévitique 24, 19-20 :
« Si un homme blesse un compatriote, comme il a fait on lui fera : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent. Tel le dommage que l'on inflige à un homme, tel celui que l'on subit. »
On peut appeler ça la loi naturelle, une loi qui peut être acceptée quand on reconnaît qu'il y a dans l'être qui est devant moi quelque chose de semblable à moi.
En tant qu'être humain, je reconnais l'autre comme un être humain et je me refuse à lui infliger davantage que ce qu'il m'a infligé.

En Lévitique 19, 18 apparaît déjà une morale qui va plus loin que la loi de proportionnalité.
« Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. »
La loi du talion (œil pour œil, dent pour dent) n'est donc pas à voir comme une vengeance, mais comme une étape vers quelque chose de plus élevé.
Il faut également noter que la loi du talion ne s'applique qu'aux membres du peuple d'Israël, aux compatriotes, et non aux étrangers.

La loi nouvelle : le pardon inconditionnel

Jésus va encore plus loin en annonçant le pardon inconditionnel, le pardon qui est celui de Dieu et non des hommes.
Matthieu 5, 38 : « Vous avez entendu qu'il a été dit : “œil pour œil et dent pour dent”. Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant. » et aussi au verset 43 : « Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien! moi je vous dis: Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs. »
Le « Il a été dit » est une figure de style que l'on appelle le passif divin. Il était utilisé pour éviter de dire : « Dieu vous a dit ».
Jésus se pose clairement comme celui qui annonce l'achèvement de la loi donnée à Dieu par Moïse. Étant Dieu lui-même, c'est à lui de nous donner, à nous les hommes, la parole ultime sur le mal et le pardon. Le « je » de Jésus est ici le « Je » de Dieu lui-même.
La loi du talion était un commencement, la loi que Jésus donne ici est un achèvement.

C'est lors de la crucifixion que l'on voit Jésus mettre en pratique ce qu'il a enseigné, avec son pardon à ceux qui le mettent en croix : « Père pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Luc 23, 34)
Cette manière de pardonner nous semble surhumaine, héroïque, voire absurde.
Et pourtant elle vient couronner toute la vie de Jésus, qui a dit de ne pas riposter au méchant, et qui lui-même n'a jamais répondu à la violence par la violence.
Toute sa vie nous aide à comprendre comment cette folie du pardon est possible.

En Jésus, c'est non seulement l'homme, mais Dieu lui-même qui pardonne. C'est donc Dieu qui rend le pardon possible pour nous.
Ce pardon n'est pas naturel, mais surnaturel.

Pardonner pour être pardonné

Certes le pardon de Dieu est inconditionnel, mais il nous appartient, avec la liberté qu'il nous a donné, d'accueillir ce pardon. L'accueillir en parole ne suffit pas, car Jésus a dit dans la prière que nous appelons le « Notre Père » : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».

Jésus développe cette idée que Dieu ne peut nous pardonner que si nous pardonnons dans un passage du chapitre 19 de l'Évangile selon saint Matthieu. Au verset 21, Pierre lui demande combien de fois il doit pardonner à son frère. Jésus raconte l'histoire des deux débiteurs. Celui qui refuse de pardonner subit un très dur châtiment. Jésus conclut en disant au verset 35 : « C'est ainsi que vous traitera aussi mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du coeur. » Jésus veut nous dire que le pardon de Dieu est conditionné par le nôtre : pas de pardon pour celui qui refuse de pardonner à celui qui l'a offensé.

Si nous refusons par principe de pardonner à ceux qui nous font du mal, cela implique de manière directe que nous refusons d'accueilir le pardon de Dieu. Je ne peux pas dire : « J'accueille volontiers le pardon de Dieu, mais je ne pardonnerai jamais à untel ce qu'il m'a fait. » La volonté ferme de pardonner quoi qu'il arrive dans le futur est une disposition permanente du cœur. Ainsi, le jour venu, quand je suis offensé, il est plus facile de faire monter de mon cœur un pardon de principe, même si je mets ensuite des années à vraiment souhaiter du bien à mon offenseur. Cette disposition au pardon est celle qui nous permet de recevoir le pardon de Dieu.

Pourquoi et comment pardonner ?

Où pouvons-nous puiser la force de pardonner à ceux qui nous font du tort sinon en Dieu ?
C'est dans la contemplation du mystère de Jésus souffrant que nous allons pouvoir progressivement entrer dans la compréhension de ce mystère de la miséricorde.
Il est également nécessaire de reconnaître que le péché est aussi en nous, et que nous avons besoin de ce pardon de Dieu.

Ce pardon inconditionnel, celui que Jésus nous montre, est un pardon qui construit parce qu'il n'enferme pas le pécheur dans son péché.
Certes, il est nécessaire de reconnaître son péché.
Si j'ai tué, ou d'ailleurs commis n'importe quel autre péché, je ne dois pas dire : « Je n'y suis pour rien. ». Il est bon pour moi de reconnaître ma culpabilité, la lourdeur de ma faute, pour pouvoir reconnaître que j'ai besoin de changer. J'ai un effort à faire pour changer, et je peux demander à Dieu de m'aider pour cela.
Mais Dieu ne veut pas que je reste enfermé dans ma faute, il ne veut pas que je la traîne comme un boulet toute ma vie.
C'est pourquoi il me pardonne et veut que je me pardonne à moi-même.
Notons au passage que pour les catholiques, le pardon de Dieu se reçoit dans le sacrement de réconciliation ou confession. Là, le prêtre, parlant au nom et avec l'autorité même de Dieu, dit à celui qui confesse ses péchés : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je te pardonne tous tes péchés. »

Que se passe-t-il si je suis l'offensé ? Eh bien les choses ne sont pas différentes.
Il n'est pas bon de dire à celui qui m'a gravement blessé volontairement : « Ce n'est rien, ce n'est pas de ta faute. ». D'abord ce n'est pas vrai, et ensuite il est bon pour lui de reconnaître la vérité : il a fait le mal, et il doit changer pour ne plus recommencer.
Mais lui pardonner est quelque chose qui va l'aider à aller plus loin. S'il est réceptif à ce pardon, il peut s'ouvrir à l'idée de miséricorde et devenir lui-même un porteur de pardon. Au passage, il convient d'être prudent : il faut toujours pardonner, mais il peut être dangereux de vouloir à tout prix dire à l'offenseur que je lui ai pardonné.

Les chrétiens sont donc porteurs de la bonne nouvelle du pardon. Même si eux-mêmes ont parfois beaucoup de mal à pardonner, ils peuvent au moins parler de Jésus qui, lui, a été au bout du pardon.
Et ainsi un chemin peut s'ouvrir dans le cœur de beaucoup, pour que le mal ne l'emporte pas, et que la bonté de Dieu puisse se répandre.

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Le sacrement de réconciliation
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Commentaires

c'est vrai que l'église dit que pour qu'un acte posé soit péché il faut être en possession de ses facultés spirituelles

Portrait de Cat-modératrice

Le péché est le fait de dire librement "non" à Dieu. Dire "non" parce que l'on n'en peut plus, ce n'est pas dire "non" librement.

OK, merci

Donc, moi qui a été violée, si je ne pardonne pas la personne qui a commis cet acte abominable, Dieu ne pardonnera pas mes péchés. Dans ce cas autant zappé Dieu et vivre avec ses souffrances. Ou autant se suicider et aller en enfer. C'est scandaleux et injuste ce que Dieu propose. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de l'oublier.

Portrait de Cat-modératrice

Bonjour Math,

Je me permets de vous répondre, tout en ayant conscience que je ne peux même pas prétendre imaginer l'horreur de ce que vous avez vécu.

Quand la Bible dit que Dieu ne nous pardonne que si vous pardonnons à ceux qui nous ont offensé, cela ne veut pas dire que Dieu ne nous aime plus ou nous rejette tant que l'on n'a pas pardonné. Ce que Jésus nous enseigne, c'est que le refus de pardonner ferme notre cœur, et nous empêche d'être ouverts pour accueillir le pardon de Dieu. C'est nous qui ne sommes pas en état d'accueillir, ce n'est pas Dieu qui ne veut pas pardonner.

Dieu sait très bien ce par quoi nous passons, et il sait très bien qu'il y a une différence entre pardonner à celui qui m'a volé ma voiture, et pardonner à un violeur, ou bien d'autres horreurs encore qui existent en ce monde.

Ce qu'il nous propose c'est un chemin. À partir du moment où nous décidons de nous engager sur ce chemin, nous nous ouvrons au pardon de Dieu, même si nous n'arrivons pas encore à pardonner.

Ce qui nous coupe de Dieu, c'est lorsque nous décidons de vivre dans la haine pour toujours.

Madame votre témoignage me fait mal. Un viol est un crime abominable. Vous souffrez et les chrétiens croient que Jésus se fait l'ami de ceux qui souffrent et peinent.
L'amour que Jésus nous propose est inconditionnel nous essayons de le suivre et de conformer nos vies à son exemple.
Il ne manquerait plus que cela qu'en plus de votre douleur ce soit à vous de culpabiliser.
Le pardon est un très long chemin d'autant plus dans un drame pareil.
Le simple fait que vous vous posiez la question montre que l'amour vous anime.
A votre place je serais haineux et avide de vengeance. Maintenant nous avons la possibilité de hair le viol l'acte destructeur.
La justice ferme et la condamnation de ce criminel peuvent déjà apporter un début de réparation.
Soyez sur du point de vue de la foi que Jésus souffre avec vous et qu'il ne met pas de condition à son amour. Quand au pardon bien sûr qu'il nous l'accorde si nous l'acceptons.
Votre histoire me touche contactez moi par Facebook si vous le souhaitez. Je prie pour vous. Marceau

Un pardon qui m'a particulièrement marquée : Coorie Ten Boom qui pendant des années prêchait sur le pardon, elle avait connu les camps de la mort pendant la guerre, et elle avait selon elle pardonné à ses bourreaux. Mais lors d'une conférence, elle a reconnu l'un de ses tortionnaires, son sang n'a fait qu'un tour. Et à la fin de la rencontre quand il est venu vers elle, elle n'était pas prête à lui serrer la main. Elle a demandé la force à Dieu qui lui a "répondu" : "tends la main", elle a obéi et elle a SENTI la puissance de Dieu passer dans sa main, car humainement elle ne pouvait pas faire ce geste.
Pour mon cas personnel, je ne pouvais pas pardonner à une personne qui m'avait profondément blessée. J'ai longtemps demandé la grâce du pardon au Seigneur, après un temps de révolte et de larmes. Il nous laisse le temps de nous guérir, parfois ça peut être plus rapide. Mais il faut demander cette grâce du pardon, Lui seul peut te la donner et après tout peut changer. C'est difficile à expliquer, mais je l'ai expérimenté, et je peux même dire que ma relation à cette personne a changé, je ne lui en veux plus du tout, mais tout cela est donné par Dieu. Il te donnera la grâce en temps voulu.

Portrait de Ninindry

Bonjour et je comprends votre douleur et votre souffrance, le pouvoir de pardonner un Don de Dieu et le temps guérie tout , donc laisse le Temps et Saint Esprit faire la réparation , demande seulement qu'on te guérisse, et le pouvoir de L'Amour de tes proches t'aide , , je prie pour vous

Portrait de Filippo-modérateur

J'apporte une nuance : le temps est effectivement un élément très important. Cependant :

  • pour toute blessure aussi épouvantable que celle qui est rapportée, le souvenir demeure, et parfois on n'y peut rien. Parfois, les gens y repensent tous les jours, parfois un peu moins, qu'ils aient pardonné ou pas.
  • même quand on a réussi à beaucoup avancer, il est normal qu'il y ait des moments où la blessure se rouvre et nous fasse très mal, habituellement quand un évènement en rapport avec ce qui s'est passé se produit autour de nous.

Tout cela est normal même si c'est très douloureux. Il faut se rappeler que le temps n'est pas Dieu et que le temps n'est pas à lui tout seul la clé pour apaiser notre souffrance. Mais bien sûr oui le temps est facteur de guérison, oui il est bon d'en faire un ami et oui Dieu s'en sert pour nous rapprocher de Lui si nous Le laissons faire. 

Portrait de Cat-modératrice

L'un de mes contacts Facebook m'a donné le lien vers le témoignage de Maiti Girtanner. J'avais lu son livre qui est assez incroyable. Elle a pardonné au bourreau qui l'a rendue handicapée en la torturant, parce qu'elle avait sauvé des Juifs.

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