À la découverte de la foi catholique

Chapelle St Michel du Cousson

Marie de Magdala est-elle Marie de Béthanie ?

Bonjour,

Aujourd’hui, ce n’est pas une colère que je viens exprimer, mais plus une interrogation qui m’apporte un certain désarroi.

À partir du mois d’octobre 2026, le spectacle musical « Marie-Madeleine, par excès de tendresse » sera en tournée en France. Il s’appuie sur le principe selon lequel Marie de Magdala : « l’Apôtre des Apôtres », Marie de Béthanie : la sœur de Marthe et Lazare, et la pécheresse au parfum, qui baigne les pieds de Jésus de ses larmes, seraient une seule et même personne.

Je ne comprends pas comment on peut prétendre cela. Mais le site de Sainte-Baume, où Marie de Magdala est censée s’être retirée, atteste que contrairement à l’Église orientale, qui a toujours fermement défendu la différence entre les trois, l’Église occidentale a affirmé leur unicité pendant des siècles, et qu’aujourd’hui, elle s’abstient prudemment de toute position tranchée sur ce sujet, renvoyant chaque chrétien à ses propres croyances →cf https://www.saintebaume.org/sainte-marie-madeleine/une-trois-femme

Je suis d’autant plus troublé que l’Église semble occulter soigneusement cette controverse. Je n’avais jamais entendu parler de ce sujet jusqu’à cette année, alors que ces personnes sont extrêmement marquantes pour l’Église. Avez-vous des informations sur ce sujet s’il vous plaît ?

Pelostome

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  1. Cat-modératrice

    Bonjour Pelostome,

    Il y a en effet, dans l’Église catholique, des théologiens qui distinguent les trois femmes, d’autres qui assimilent la pécheresse qui lave les pieds de Jésus à l’une ou à l’autre Marie, et d’autres qui identifient les trois.

    Traditionnellement, l’Église a en effet considéré que c’était la même femme, c’est pourquoi on parle souvent de Marie de Magdala comme d’une prostituée, alors que le texte biblique ne parle jamais d’une telle activité lorsqu’il mentionne Marie de Magdala sous ce nom.
    Le magistère de l’Église catholique ne tranche pas, car le texte biblique ne permet pas d’avoir la réponse avec certitude.
    J’avoue que le texte que vous nous indiquez, de la Sainte Baume, a des arguments assez convaincants en faveur de l’unicité des trois.

    La question que vous soulevez rejoint celle sur l’identité de Jean fils de Zébédée et frère de Jacques, et de Jean l’Évangéliste, « le disciple que Jésus aimait ». Traditionnellement, l’Église considérait aussi qu’il s’agissait d’une seule et même personne, alors que cette question a été particulièrement débattue depuis le XXe siècle.

    Je trouve cela sain que le magistère de l’Église de veuille pas imposer une réponse à ces deux questions, sachant que dans les deux cas le texte biblique n’est pas clair.

    • Filippo-modérateur

      Cat-modératrice ne connaît manifestement pas la note ci-dessous, ce qui est bien pardonnable vu qu’elle date de 2021, 5 ans étant un battement de cil à l’échelle de l’histoire du culte des saints.
      Entendons-nous bien : une courte note de la congrégation pour le culte divin, même approuvée par le pape, a une autorité sans rapport avec celle d’un texte émanant directement du pontife romain, et peut être changée rapidement si de nouvelles découvertes venaient à remettre en cause la distinction entre la Magdaléenne et Marie de Béthanie.
      Mais pour l’instant, la congrégation retient que « L’incertitude de la tradition de l’Église latine quant à l’identité de Marie […] a été résolue dans des études et des temps récents ».
      Et cette résolution est celle d’une distinction entre Marie la Magdaléenne (fêtée le 22 juillet) et Marie de Béthanie (fêtée le 29 juillet).
      Je trouve très beau de contempler cette fratrie amie de Jésus, que les évangélistes ont voulu nous présenter comme un modèle d’accueil, de service et dans le cas de Marie, un modèle de contemplation. Quel contemplatif ne rêve pas de se mettre aux pieds du Seigneur et d’écouter sa parole jour après jour ?
      Bénissons le Seigneur pour cette autre sainte famille et demandons-leur de prier pour nous.
      PS : je trouve très très intéressante la méditation et la réflexion conduite pas la Sainte-Baume, il est toujours bon de se replonger dans les Écritures même quand il ne s’agit pas d’un point majeur, ça donne de la chair et de la vigueur à notre foi de contempler les personnages bibliques dans leurs attitudes concrètes.

      CONGREGATIO DE CULTU DIVINO ET DISCIPLINA SACRAMENTORUM
      Prot. N. 35/21
      DÉCRET sur la célébration des saintes Marthe, Marie et saint Lazare dans le Calendrier Romain Général
      Dans la maison de Béthanie, le Seigneur Jésus a fait l’expérience de l’esprit de famille et de l’amitié de Marthe, Marie et Lazare, et c’est pour cette raison que l’Évangile de Jean affirme qu’il les aimait. Marthe lui offrit généreusement l’hospitalité, Marie écouta attentivement ses paroles et Lazare sortit rapidement du tombeau sur l’ordre de Celui qui a humilié la mort.

      L’incertitude de la tradition de l’Église latine quant à l’identité de Marie – la Marie-Madeleine à qui le Christ est apparu après sa résurrection, la sœur de Marthe, la pécheresse dont le Seigneur a pardonné les péchés – qui a décidé de l’inscription de Marthe seule le 29 juillet dans le calendrier romain, a été résolue dans des études et des temps récents, comme l’atteste le Martyrologe romain actuel, qui commémore également Marie et Lazare ce même jour. De plus, dans certains calendriers particuliers, les trois membres de la fratrie sont célébrés ensemble ce jour-là.

      Par conséquent, considérant l’important témoignage évangélique qu’ils ont offert en accueillant le Seigneur Jésus dans leur maison, en l’écoutant attentivement, en croyant qu’il est la résurrection et la vie, le Saint-Père François, en acceptant la proposition de ce Dicastère, a ordonné que le 29 juillet soit inscrit au Calendrier Romain Général comme mémoire des saintes Marthe, Marie et saint Lazare.

      Sous cette dénomination, la mémoire devra donc figurer dans tous les Calendriers et Livres liturgiques pour la célébration de la Messe et de la Liturgie des Heures ; les variations et ajouts à adopter dans les textes liturgiques, joints au présent décret, doivent être traduits, approuvés et, après confirmation par ce Dicastère, publiés par les Conférences épiscopales.

      De la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 26 janvier 2021, mémoire des saints Timothée et Tite, évêques.
      Robert Card. Sarah Préfet
      Arthur Roche Archevêque Secrétaire
      https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/ccdds/documents/rc_con_ccdds_doc_20210126_decreto-santi_fr.html

      • Cat-modératrice

        Bonjour Filippo,

        Je ne connaissais en effet pas cette note, et je ne m’étais pas aperçue qu’il y avait maintenant une fête de la famille de Béthanie.
        Comme tu le dis, il ne s’agit pas du degré d’autorité le plus fort dans l’Église catholique, et cette note n’interdit pas de continuer à faire des recherches sur la question.
        Encore une fois, je trouve que le lien proposé par Pelostome donne des éléments assez convaincants en faveur de l’identité des trois femmes.

        • Pelostome

          Bonjour,

          merci beaucoup à tous les deux pour ces informations précieuses.

          De fait, j’ai mentionné les arguments du site de Sainte-Baume par honnêteté intellectuelle, et j’avoue qu’ils sont très bien énoncés. Cependant, une part de moi leur résiste opiniâtrement, principalement à cause d’une variante de ce qu’on appelle « l’effet Matthieu ».

          Ce principe tire son nom du verset 12 du chapitre 13 de l’Évangile selon Matthieu : « Car celui qui a, on lui donnera et il aura du surplus, mais celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé ».

          Cette citation sert de base à un biais cognitif courant : attribuer une parole, une découverte, un fait à quelqu’un de connu plutôt qu’à son véritable auteur, simplement parce que celui-ci ne bénéficie pas d’autant de notoriété (variante : « l’effet Mathilda » constate qu’une découverte effectuée par une femmes est quasiment systématiquement attribuée à un de ses collègues masculins).

          Je pense que cela se prête à la confusion entre les personnes. Ainsi, l’Évangile selon Saint Jean parle du « disciple que Jésus aimait », mais absolument pas d’un apôtre. D’après ce que j’ai pu lire, ce disciple a fondé une communauté en Asie Mineure, et l’un des membres de cette communauté, nommé Jean, a écrit l’Évangile qui porte son nom. Mais « le disciple que Jésus aimait » restant totalement inconnu, la tentation est trop forte de récupérer le nom de Jean (le membre de la communauté qui a écrit l’Évangile) pour l’assimiler à Jean, le fils de Zébédée.

          C’est la même raison qui me pousse à douter fortement que Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la pécheresse inconnue représentent une seule et même personne. De « la pécheresse inconnue », nous ne savons rien ; la seule chose que la majorité des gens se représentent, c’est que son péché est un péché de chair, mais ce n’est pas spécifié dans l’Évangile. De Marie de Magdala, il n’est évoqué que « sept démons », et surtout, un amour pour Jésus qui est sensuel : elle cherche son corps ; il lui dit « Ne me touche pas ». De Marie de Béthanie, on ne connaît que la position du disciple, assise à ses pieds, dans une écoute attentive et spirituelle. Si je comprends bien l’argumentation de Sainte-Baume, la Marie dont on parle serait une femme dévoyée, vivant une vie de pécheresse, à Magdala, avant de rencontrer Jésus à Béthanie, et se convertir alors à une attitude purement spirituelle… puis de laisser à nouveau parler sa sensualité au jardin de la Résurrection ! Je trouve cette manière de présenter les choses un peu tirée par les cheveux, et surtout, empreinte de ce double raccourci assez constant dans l’Église : tout ce qui est sensuel est sexuel, tout ce qui est sexuel est péché.

          Je reconnais cependant que le site de Sainte-Baume déploie des trésors de précision pour relever les incohérences des textes évangéliques afin d’étayer sa thèse. Je n’ai aucune réponse à objecter à ce travail minutieux. La seule chose que je sais, c’est que les Évangiles, comme l’ensemble de la Bible, brosse un tableau impressionniste dont l’amour est le thème, tout en restant criblé de contradictions. Je prends donc le parti de ne pas tout comprendre de textes datant de 2000 ans et plus, écrits dans un contexte qui nous échappe ; dans cette optique, je suis heureux de lire la note citée par Filippo-modérateur. Merci encore à vous deux.

          • Cat-modératrice

            Bonjour Pelostome,

            Il est évidemment difficile de savoir qui étai(en)t cette ou ces femmes avec le peu que nous indiquent les Évangiles. L’effet Matthieu dont vous parlez peut effectivement jouer.

            Par contre, je pense que l’on ne peut pas comparer le fait de chercher à toucher Jésus avec une rechute du péché de chair. Je ne suis pas sûre que ce soit la sensualité que Jésus reproche à Marie de Magdala quand il lui dit de ne pas le toucher. La raison qu’il donne est qu’il n’est pas encore monté vers le Père, pas que le fait de le toucher serait mauvais en soi. « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. » (Jean 20, 17). En grec il y a aussi l’emploi du mot « gar » qui veut dire « car, parce que, en effet ». Le fait qu’elle ne doive pas le toucher est donc conjoncturel.

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