Jean-Paul Sartre voyait les autres comme un enfer potentiel.

Bien sûr, les autres personnes peuvent faire de notre vie un enfer, parfois même sans le vouloir ni même le savoir.

Mais la solitude, voilà le véritable enfer.

Pourquoi la vie sans les autres est-elle un enfer ?

Jean-Paul Sartre
Jean-Paul Sartre : « L’enfer c’est les autres »

Parce l’être humain est un être de relations, un être construit par ses relations.

Quand on a trouvé des enfants sauvages qui avaient grandi en étant totalement coupés de tout autres êtres humains, on a vu qu’ils ne pourraient jamais être pleinement humains une fois arrivés dans le monde des humains.

Le manque de relation humaine qu’ils avaient depuis leur naissance avait causé des dégâts trop profonds dans leur psychisme pour qu’on puisse y remédier complètement.

Dès avant sa naissance, l’enfant est en relation avec sa mère, et même avec l’extérieur de sa mère par des bruits de différentes fréquences.

Femme enceinte

À partir de la naissance, normalement, le petit d’homme se construit en famille, puis il s’ouvre à toutes sortes de relations, puis développe des amitiés et découvre le vaste monde, un monde d’humains.

Qu’il se désole de leurs agissements ou se réjouisse du bien qu’ils font, il en tire toutes sortes d’enseignement pour sa construction personnelle.

Puis c’est à lui d’intervenir dans la vie de sa famille, de ses amis, puis la vie du monde par la vie professionnelle, associative et toutes les interactions imaginables.

Et au milieu de tout cela, pour les croyants, s’ouvre la relation suprême, la relation à Dieu, matrice de toutes les autres. C’est la relation à l’Autre, au Tout Autre, et non plus seulement aux autres, aux semblables.

La relation dans une perspective chrétienne est appelée à devenir une communion. Cette communion peut prendre la forme d’une proximité dans la volonté de faire du bien, dans la pensée en vue du bien, et dans l’action bonne.

Cette communion est loin de se limiter à la relation interpersonnelle, elle est appelée à se construire dans tous les cercles, et d’abord la famille, cellule fondamentale de la société.

Pour les chrétiens, l’autre cercle rapproché, c’est l’Église locale, habituellement la paroisse.

On pense également à des cercles amicaux, et d’autres parfois plus inattendus.

Il arrive parfois que des professionnels vivent dans leur équipe des choses tellement fortes et tellement belles qu’on est tenté de parler de communion.

La joie de la relation est le plus souvent la joie du don mutuel.

La joie du don est une bonne nouvelle qui apparaît clairement dans le Nouveau Testament où Jésus nous dit : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Actes des Apôtres 20, 35).

C’est une loi de l’être humain souvent peu connue, tant les tendances égoïstes peuvent se révéler puissantes, quels que soient les milieux des personnes.

Le bonheur du don se révèle à tous les niveaux : je donne ce que je suis à un ami, à une relation, à un cercle, à une entreprise, à une organisation, à mon pays, au monde même, si je fais une œuvre à grande échelle, comme le biologiste Jonas Salk qui inventa le vaccin contre la poliomyélite.

La joie du don est contagieuse.

Mettez un jeune, même flemmard, sur un chantier bénévole avec d’autres jeunes pendant un mois. Même s’il refuse de travailler dans un premier temps, la joie et l’enthousiasme des autres jeunes aura vite fait de le contaminer et ça sera peut-être le plus ardent à la tâche à la fin du chantier.

La joie ce sont les autres, pourvu qu’on prenne le risque de la rencontre.

Beaucoup de gens peuvent témoigner que leur vie a souvent pris une orientation différente parce qu’un jour ils ont rencontré quelqu’un qui leur a fait confiance, et donc qui leur a donné une chance.

Est-ce que je veux être cette chance pour mon prochain ?

Est-ce que je veux que les autres se disent : « Lui, au moins, il ne vit pas que pour son nombril. »

Si je dis oui au don de moi-même, alors le bonheur peut commencer.