
« C’est par la famille que se déploie l’histoire de l’homme, l’histoire du salut de l’humanité. La famille se trouve au centre du grand affrontement entre le bien et le mal, entre la vie et la mort, entre l’amour et tout ce qui s’oppose à l’amour. C’est à la famille qu’est confiée la tâche de lutter d’abord pour libérer les forces du bien, dont la source se trouve dans le Christ Rédempteur de l’homme. Il faut faire en sorte que chaque foyer s’approprie ces forces, afin que, selon l’expression utilisée lors du millénaire du christianisme en Pologne, la famille soit “forte de Dieu”» (Jean-Paul II, 1994, Lettre aux familles, n. 23).
Aujourd’hui, dans beaucoup de parties du monde, la famille est attaquée comme rarement dans l’histoire humaine : refus d’un lien indissoluble vu comme une prison, concurrence de la vie professionnelle vue comme l’épanouissement ultime, « mariage » de personnes de même sexe…
La famille n’est pas forcément attaquée verbalement, par une idéologie anti-familiale ouverte, mais c’est l’idée même de famille qui pour beaucoup de jeunes n’a plus vraiment de consistance.
En Occident, jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle, il était à peu près évident pour un jeune d’avoir le projet de se mettre en couple et d’avoir des enfants, au moins deux ou trois.
Aujourd’hui, ni le couple ni les enfants ne sont évidents. C’est l’idée même d’un projet à deux sans limite de temps qui apparaît seulement comme une option qu’on n’est pas obligé d’adopter, comme un choix parmi d’autres pour l’avenir.
La vision commune de la vie humaine à travers les siècles, conforme en cela à la sagesse chrétienne, voit la famille comme une modalité d’accomplissement fondamentale de la personne humaine.
Entendons-nous bien : la foi chrétienne n’implique pas du tout qu’une vie chrétienne ne peut être conforme à la volonté de Dieu sans mariage et sans enfants. Il suffit de voir la vie de Jésus pour saisir l’absurdité d’une telle proposition.
Mais le mariage et la famille sont clairement vus comme la norme, norme qui comporte de nombreuses et heureuses exceptions – des exceptions parfois difficiles à vivre quand elles n’ont pas été choisies – dans des formes de célibat, consacré ou non, très fécondes.

Une fois tout ceci énoncé, il faut dire que Dieu veut le couple et la famille. Le couple est présent au début du livre de la Genèse, chapitre 2, verset 18 et 23-24 :
« Dieu dit : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse un vis-à-vis qui lui soit assorti.” […] “Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée “femme”, car elle fut tirée de l’homme, celle-ci !” C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. »

La société moderne est la société de l’individu roi, et donc seul. Dieu, au contraire, veut un monde avec des cercles de relations et d’affections mutuelles. La famille est faite pour être le lieu de l’affection directe, immédiate. Bien sûr, il y a des familles où ce n’est pas l’amour mais la violence qui circule, mais ce n’est pas ce que Dieu a voulu en instituant la famille.
Mais l’idée de famille ne doit pas se limiter à la famille au sens courant, même élargie.
« L’Église confère une nouvelle signification au concept même de famille et, en conséquence, au concept de nation comme “famille de familles” et à celui du monde comme “familles des nations”. » (Homélie à Abuja, 1998)
Le fait d’isoler les personnes humaines les unes les autres est le fruit de l’action du Diviseur, qui est le sens du mot Satan. Dieu est tout au contraire un Dieu de relations, il y a relations en lui-même au sein de la Trinité, entre chacune des personnes divines. Ce sont des liens d’amour. Dieu veut la communion de tous les hommes entre eux et avec lui-même.
Voici le beau plan de Dieu sur la famille : le lieu où Dieu qui est relation établit les relations privilégiées entre les êtres humains, relations qu’il veut habiter, pour la joie, la sanctification et la fécondité de chacun de ses membres.
Au cours de l’histoire, les familles chrétiennes et ferventes ne manquent pas. Nous voyons aussi des exemples de familles qui deviennent le terreau de vocations sacerdotales et religieuses nombreuses ainsi que de mariages rayonnants. Nous pouvons même contempler quelques cas de familles avec plusieurs saints canonisés.
Au IVe siècle, Basile de Césarée, Grégoire de Nysse et Macrine la Jeune, frères et sœur, et tous saints, avaient pour père saint Basile l’Ancien qui avait pour mère sainte Macrine l’Ancienne.
Au XIIIe siècle, dans la famille royale hongroise des Árpád, Kinga, Yolande et Marguerite, sœurs et saintes, ont pour tante sainte Elizabeth de Hongrie et pour grand-tante sainte Edwige de Silésie.
Au XIXe siècle, dans la famille Martin d’Alençon, Louis et Zélie, saints, ont pour fille sainte Thérèse. Une de leurs autres filles, Léonie, fait l’objet d’un procès en béatification.
Dans son homélie de canonisation de sainte Kinga en 1999 en Hongrie, le pape Jean-Paul II disait ceci :
« Je demande à tous mes compatriotes : que la famille polonaise conserve la foi dans le Christ ! Persévérez avec fermeté aux côtés du Christ, pour qu’il demeure en vous ! Ne permettez pas que dans vos cœurs, dans le cœur des pères et des mères, des fils et des filles, s’éteigne la lumière de la sainteté ! Que la splendeur de celle-ci forme les générations futures de saints, pour la gloire du nom de Dieu !
Frères et sœurs, n’ayez pas peur d’aspirer à la sainteté ! N’ayez pas peur d’être saints ! Faites du siècle qui touche à son terme et du nouveau millénaire une ère d’hommes saints ! »
La famille terreau de sainteté, quelle belle espérance pour les adolescents chrétiens, quel appel pour leurs parents, quelle défi pour eux que de faire resplendir cette sainteté familiale aux yeux de leurs enfants !
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