Site pour mieux connaître Dieu et l'Église catholique

Pourquoi la liturgie ne retient-elle d’Esther qu’un seul texte, apocryphe ?

Première lecture des textes du jour : Esther (4,17) ->

En ces jours-là, la reine Esther, dans l’angoisse mortelle qui l’étreignait, chercha refuge auprès du Seigneur. Se prosternant à terre avec ses servantes du matin jusqu’au soir, elle disait : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, tu es béni. Viens à mon secours car je suis seule, et je n’ai pas d’autre défenseur que toi, Seigneur. Car je vais jouer avec le danger. Dans les livres de mes ancêtres, Seigneur, j’ai appris que ceux qui te plaisent, tu les libères pour toujours, Seigneur. Et maintenant, aide-moi, car je suis solitaire et je n’ai que toi, Seigneur mon Dieu. Maintenant, viens me secourir car je suis orpheline, et mets sur mes lèvres un langage harmonieux quand je serai en présence de ce lion ; fais que je trouve grâce devant lui, et change son cœur : qu’il se mette à détester celui qui nous combat, qu’il le détruise avec tous ses partisans. Et nous, libère-nous de la main de nos ennemis ; rends-nous la joie après la détresse et le bien-être après la souffrance. »

La Bible de Jérusalem : Esther (4,17) →

O Dieu, dont la force l’emporte sur tous, écoute la voix des désespérés, tire-nous de la main des méchants et libère-moi de ma peur!

Comment croire en l’Église après cela ?

Les réponses sont dans les commentaires

Retour à la rubrique Révoltes

Publier une révolte

Publier une question

Précédent

Qui a tué l’enfant maître d’œuvre ?

  1. Cat-modératrice

    Bonjour Pelostome,

    Cela me fait plaisir de vous lire à nouveau !
    Le verset 17 du chapitre 4 d’Esther est très très long, et vous citez deux parties différentes de ce verset, c’est pour cela que cela ne concorde pas.

    • Pelostome

      Bonsoir,

      il semble que ce soit plus complexe que cela ; à la base, le découpage en versets est justement pensé pour avoir des parties courtes, afin de mieux s’y retrouver.

      J’ai essayé de me renseigner : il semble que le livre d’Esther a été rédigé en hébreu, et que plusieurs passages ont été ajoutés en grec ; les protestants les considèrent comme apocryphes. Les catholiques, qui les considèrent comme deutérocanoniques, ont inséré ces passages, faits de plusieurs phrases, comme un seul verset (à chaque ajout).

      Je ne suis pas un spécialiste, mais il me semble que la liturgie catholique ne lit qu’un seul et unique passage d’Esther : celui-ci ; or, même si le style est très beau, il s’agit simplement d’une emphase visant à accentuer le côté dramatique de l’œuvre.

      Il se trouve que celle-ci est incroyablement et inexplicablement actuelle : elle relate un complot ourdi contre les Juifs comme un véritable génocide, au motif que ceux-ci, parfaitement intégrés par ailleurs aux quatre coins de l’empire perse, refusent d’abdiquer certaines règles de leur foi (un peu comme les femmes musulmanes qui gardent leur voile dans l’espace public). Le second du roi, Aman, projette de les exterminer tous le même jour, et Esther, femme du roi, qui ne lui a pas révélé sa judéité, doit aller le trouver alors que cela lui est interdit et passible de la peine de mort, pour plaider en faveur de son peuple ; cela explique aisément l’angoisse qui l’étreint.

      Heureusement, son charme agit et le roi l’écoute ; mais comme son décret ordonnant le génocide ne peut pas être annulé, il permet à Esther et son oncle d’en rédiger un autre, qui légitime totalement la résistance des Juifs, y compris par la force : il en résulte un massacre de leurs agresseurs.

      Une fête solennelle et perpétuelle est instituée pour commémorer ce massacre légitime : Pourim, la fête des dés… qui ressemble à une sorte de carnaval.

      Tout cela m’évoque abominablement la réplique inhumainement disproportionnée du gouvernement Netanyahou après les horreurs du 7 octobre 2023. Comme si ce livre, quelque part, légitimait un massacre dénoncé même par l’ONU.

      L’Église, elle, ne retient qu’une prière magnifique, certes, mais décorrélée du reste de l’histoire. Ça me ronge. Ça me révulse. Je me dis que l’Église n’est pas responsable de cela. Il n’empêche : j’ai encore une fois l’impression qu’elle fait son marché en ne choisissant que ce qui l’arrange… y compris des ajouts tardifs qui font clairement débat, et permettent en même temps de dissimuler la violence extrême inhérente à la Bible.

      • Cat-modératrice

        Bonjour Pelostome,

        La numérotation des versets de la Bible est une invention formidable d’un protestant du XVIe siècle (comment faisait-on avant ?). Les catholiques ont adopté son découpage. Il est donc normal que pour les textes considérés comme canoniques par les catholiques et apocryphes par les protestants, la numérotation puisse être différente.

        Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous reprochez à l’Église de choisir « des ajouts tardifs qui font clairement débat ». L’Église reconnaît comme Parole de Dieu tous les textes qui sont dans la Bible catholique. Elle ne peut pas les traiter différemment selon qu’ils sont reconnus ou non par les prostestant. C’est l’Église qui a décidé de quels livres sont dans la Bible. Pour l’Ancien Testament, elle a intégré les écrits juifs, les Juifs n’étant pas unanimes sur le corpus sacré. Elle a discerné et décidé quels livres intégrer. Ce n’est pas une décision scientifique « qui fait débat », mais une décision théologique. Pour le Nouveau Testament, c’est entièrement la nouvelle Église qui a choisi quels textes étaient sacrés. Elle a ce pouvoir. Il fallait bien que quelqu’un ait ce pouvoir, sinon il n’y aurait pas de Bible ! Ce n’est pas une décision arbitraire, il y a eu un discernement, des critères théologiques, des discussions. Mais la Bible étant un livre sacré qui est la Parole de Dieu pour nous, il fallait bien trancher. Les livres qui ont intégré la Bible sont tous la Parole de Dieu pour nous. Pas de la même manière que le Coran pour les musulmans, bien sûr.

        C’est vrai qu’il y a des passages d’une violence extrême dans la Bible, et cela me dérange profondément aussi. Comme d’autres passages violents, on ne sait pas dans quelle mesure ce texte d’Esther est historique, ou s’il n’est pas là juste pour transmettre un enseignement sur la confiance en Dieu. L’Église veut nous faire profiter de cet enseignement avec cette prière qui a beaucoup de sens. Cela ne revient pas à justifier le massacre qui suit ni les actes de Netanyahou. D’ailleurs, quand Esther parle au roi, elle lui demande seulement l’abrogation du décret demandant la mort des Juifs. C’est Mardoché qui compose le décret opposé avec l’invitation à la légitime défense (tuer ceux qui nous attaquent en vue de nous tuer) et malheureusement l’invitation à tuer les femmes et les enfants des ennemis.

        • Pelostome

          Bonjour,

          j’ignorais que le découpage de la Bible en versets était l’œuvre d’un protestant ; je comprends mieux l’insertion de ces versets à rallonge.

          Je me suis mal exprimé en écrivant : « L’Église, elle, ne retient qu’une prière magnifique, certes, mais décorrélée du reste de l’histoire » ; je ne voulais pas parler de l’Église en général mais plus précisément de la liturgie, qui insiste toujours sur la prière, le pardon, l’amour, en méconnaissance totale du dilemme de la violence : face à l’extermination, elle est légitime, mais elle entraîne la spirale de la vengeance. Il s’agit d’une question existentielle, à laquelle la liturgie refuse catégoriquement de répondre.

          J’ai relu le texte : c’est bien Mardochée qui rédige le décret légitimant la violence des Juifs. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’il y est acculé parce que le décret précédent d’Assuérus est irrévocable : lui-même ne peut pas annuler ce qu’il a décidé auparavant. Il y a bien un piège dans les lois humaines, et la liturgie refuse encore une fois d’y répondre.

          En ce qui concerne le débat sur ces versets, je ne me réfère pas, bien sûr, à l’Église catholique elle-même, mais au débat entre catholiques et protestants, ainsi qu’entre les Juifs eux-mêmes.

          Je me trouve d’ailleurs confronté à un défi de même nature avec l’Évangile de ce jour : dans le chapitre 21 de Mathieu, le texte des vignerons homicides est mystérieusement amputé de son verset 44 : « Et celui qui tombera sur cette pierre sera brisé ; mais celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera ». Le commentaire qu’on peut trouver sur ce passage en https://www.levangile.com/bible-annotee-matthieu-21-note-44 est éloquent : « Israël sera châtié non seulement en ce que le royaume lui sera enlevé, mais en ce que lui-même sera détruit. Ce verset exprime le côté positif et terrible du châtiment, dont le verset 43 indique le côté négatif. L’image employée est présentée sous deux faces différentes. D’abord la pierre est considérée comme gisant sur le sol et l’incrédulité aveugle vient s’y briser (Ésaïe 8.14-15). C’est le Sauveur dans son état d’humiliation. Ensuite, cette même pierre est considérée comme tombant sur les rebelles et les réduisant en poussière, c’est le Sauveur dans sa gloire exerçant le jugement (Daniel 2.34) ».

          Ici, le verset en question semble bien faire débat à l’intérieur même de l’Église catholique : la Bible de Jérusalem l’omet, alors que l’AELF l’inclut dans sa Bible… mais pas dans la liturgie !

          La liturgie a bel et bien gommé une parole de Jésus particulièrement violente. J’en reviens à ma question initiale : comment croire en l’Église après cela ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Site sous WordPress & Thème par Anders Norén