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Rendez-moi mes craies (poème)

Rendez-moi mes craies !

Rendez-moi mes ardoises grinçantes, mon tableau poussiéreux, les humeurs d’été, les coups salvateurs de règle, de l’hiver le sérieux, les génies du génitif, les multiplications à la chaîne, les uniformes qui ennoblissent les plus modestes et ceux aux postures vilaines !

Rendez-moi mes après-midi, ma salle de douze élèves, mes dictées obligatoires, les livres parfumés de sueur de pouce, les stylos-plume qui tachent, les buvards qui saignent de labeur et d’envie !

Rendez-moi mes « oui, Monsieur », les silences monastiques, les sourcils studieux, les sourires honnêtes !

Rendez-moi les herbiers, les plantes aux fenêtres, les globes terrestres dont l’inertie fige le temps, les culottes courtes d’écolier, les cache-nez senestres qui fichent le camp, les chemises repassées et les chaussettes blanches et les souliers cirés aussi, tiens !

RendeR-moi les Bescherelle, mon papier à grains, les rubans en soie, mon cartable au cuir usé, mon statut de notable, mon costume, le respect des parents et un respect des anciens, ma classe austère, mes pupitres en bois !

Rendez-moi la frise des rois, les billes, les caramels à caries, les casse-croûtes de récréation, mon sifflet aussi et mes bons points, les petits mots d’amour niais en quasi-alexandrin confisqués avec remord, les rangs d’amitié, main dans la main, le pas militaire !

Rendez-moi mes larmes fières, la nostalgie des départs, les remarques pertinentes, les leçons chéries du regard !

Rendez-moi Balzac, Rostand, Hugo, Renoir, Brassens, une tirade de Cyrano clamée dans les couloirs !

Rendez-moi la naïveté des « zut », « mince » et autres « saperlipopette», les joues roses lardées de timidité et, enfin, les dos bien droits, bon sang ! Pour que le mien se courbe sans peine, sans regrets sur l’épitaphe :

Rendez-moi mes enfants-crèmes, pas des pornographes !

Rendez-moi mes mamans- « madeleine » et non pas des harpies !

Rendez-moi mes craies blanches, qu’elles consolent mes cheveux gris…

 

Rendez-moi mon métier,

Car, aujourd’hui, j’en vis,

Hier, je l’aurais aimé.

Rendez-moi mes craies…

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  1. Nandi

    Jolie poème. On ressent la
    Jolie poème. On ressent la nostalgie que se passe t-il? Un enseignant qui n’aime plus son métier ou peut être sur le point de ne plus l’aimer ?

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