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saletés d'écrans, coup de gueule en alexandrins

Exprimer une révolte: 

Un coup de gueule poétique

Je trouve qu'on est tellement prudes dans le milieu catholique qu'il est vraiment facile de ne jamais rencontrer personne. On va finir par disparaître si cette situation perdure infiniment (je parle pour moi et quelques bons amis assidus à la messe et non dépourvus de qualités personnelles).

Le père Zanotti-Sorkine parle d'une ère glaciaire pour l'amour dans le monde occidental, ou si c'est un fleuve, on est en étiage sévère.

Saletés d'écrans et de réseaux (as)sociaux, comme j'aimerais ne presque plus vous fréquenter.

Ce poème m'a été inspiré par une jeune femme croisée lors d'un week-end pour célibataires en 2010.

Seigneur Jésus ressuscité aillez pitié de nos tiédeurs.

 

POEME ECRIT UN JOUR SANS SAINT

Tu étais défendue comme une citadelle

Pas question d’un regard, pas question d’un amant

Tu étais dans l’attente du prince charmant

Qui n’est jamais venu lorsque tu étais belle.

 

Ton œil était brillant et ta lèvre était pleine,

Et ton sang bien vivant palpitait dans ton sein

Ta chair était profonde et j’aimais ton bassin

A la maternité si proche et si lointaine.

 

Ta tendresse était là, blottie dans tes entrailles

J’en sentais au tréfonds la vibrante chaleur

Peut-être ignorais tu son immense valeur,

Préférant demeurer derrière tes murailles.

 

Je cherchais ton regard, je sentais ton mystère,

Je voulais m’enivrer de ton musc et d’un vin,

Qui aurait la douceur du lys et du satin

S’il venait à percer comme l’eau sous la pierre.

 

Je ne comprenais rien, j’étais sans expérience

Je ne menais aucun de mes projets à bien

J’ignorais tout des mots qui sont la clé du lien

J’avais peur du couvert hautain de ton silence.

 

Je voyais cette bague qui ornait ta main

Qui rappelait ton noble et prestigieux lignage.

Cet écusson dormait comme un amour en cage

Comme dormait en toi le désir trop humain.

 

Car tu avais choisi de demeurer fidèle

A la morale austère et au commandement

Tu voulais adorer en hymen, sagement,

Et non t’abandonner à la volupté belle.

 

Le temps qui s’écoulait ne te labourait point.

Ta terre était profonde et ses mottes collantes,

Tu coupais à l’assaut de mes nuées ardentes,

Préférant trouver mieux et rencontrer plus loin

Celui qui tournerait au creux de ton cœur vide

La clé du sentiment et du désir mêlés,

Et saurait forcément, dans ton esprit avide,

Briser les cadenas, les verrous, les scellés.

 

Les anciens disaient vrai, l’amour est un archer

Nous sommes des brandons que le désir allume

A nous de bien brûler d’un feu qui ne consume,

Que les vains sentiments qui n’osent pas marcher.

 

Mais qu’il est difficile en nos jours, ici bas,

De trouver cet amour auquel notre être aspire

S'il nous faut renoncer à l’attrait, à l’appas,

Au très grand portement du corps quand il désire

 

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Commentaires

Portrait de Cat-modératrice

Merci Quasimodo pour ce poème plein d'émotion.

Si je comprends bien, ta révolte n'est pas contre les écrans, mais contre la fuite de la rencontre, qui se sert parfois des écrans pour se cacher, mais pas seulement, comme le montre ton poème ?

Tu dis : « on est tellement prudes dans le milieu catholique qu'il est vraiment facile de ne jamais rencontrer personne » ; « Car tu avais choisi de demeurer fidèle A la morale austère et au commandement » ; « S'il nous faut renoncer à l’attrait, à l’appas, Au très grand portement du corps quand il désire ».

Pourrais-tu préciser ce que tu entends pas là ? Quand tu parles du commandement, est-ce le commandement de Jésus, de l'Église catholique ? Est-ce un commandement social que se serait imposé cette femme ?

L'impression que me donnent ces phrases que je cite, c'est que tu accuses la chasteté demandée par Jésus et par l'Église catholique, d'entraîner une peur de la rencontre, et d'entraîner la perte du désir. Est-ce cela ?

J'attends ta réponse et tes précisions pour donner mon avis sur le sujet, car je ne suis pas sûre du tout d'avoir compris ce que tu veux dire.

Bonsoir Catherine,
La colère est préférable à la dépression.
Ce coup de gueule a les caractéristiques propres du genre : il n'est pas écrit sur un plan en trois parties et n'a pas pour souci premier de se justifier intellectuellement.
Quant à la poésie, on lui admet une licence, qui suggère et parle à l'imagination à travers le vers, le mot et la musique qu'ils donnent à entendre, ce qui va dans le même sens que plus haut.

Ce texte parle de la non-rencontre effectivement, la situation qui fait qu'on passe un temps considérable devant ces satanés écrans et qu'on mange seul chez soi.

Ma colère n'est pas d'ordre religieux, et je ne remets pas en cause le fait que l'Eglise fasse la promotion de la chasteté dans le mariage et sur la route qui y conduit.
Si elle le fait, c'est, sans entrer dans les considérations christiques et théologiques qui sont à l'origine de sa réflexion, avec un souci pratique souvent peu mis en avant : il faut éviter que les gens prennent la décision de se marier sur la base du bien-être que permet la sexualité, lequel est susceptible de cacher des incompatibilités de fond. L'ordre des sentiments de la philosophie grecque repris par l'Eglise est fondé : éros, philia, agapé. Baser le projet conjugal sur éros, qui n'est que le premier étage de la fusée, c'est risquer l'échec, assurément, quoique les desseins de Dieu soient en la matière au-dessus de notre analyse.
Le projet d'amour de Dieu pour l'homme qu'amène le Christ est magnifique, mais il est en danger à force de perdre le contact avec les fins premières et dernières qui nous ont été révélées.
Ma colère vient que je me souviens de ce projet mais ses causes sont concrètes et de trois ordres :
1) HISTORIQUE. Nous avons été dupés par la propagande de la-dite libération sexuelle des années 60-70. Adolescent et jeune adulte, j'ai été éduqué dans ce climat : on m'encourageait non pas à trouver une épouse, mais une petite copine. Michel Houellebecq, dans son roman Soumission, signe un magistral chapitre deux sur ce sujet particulier : les vertes pousses oniriques qui ont percé le pavé parisien en mai 1968 sont devenues des ronces touffues couvertes de mûres vénéneuses. L'Eglise, dans ce concert de propagandes, n'a pas bien su expliquer son point de vue, n'a pas été assez pratique dans ses arguments (les textes sont trop ardus pour 90% des gens), et de toutes façons, son enseignement a été caricaturé ou censuré par les grands médias.
2) SOCIOLOGIQUE. Passé la quarantaine je ne rencontre dans ma tranche d'âge que des femmes gravement désabusées, déséquilibrées, voire des dingues - new age souvent, des portes de prison, ou enfin des personnes plus jeunes à qui je plais mais sont freinées par la différence d'âge.
La Foi est centrale pour moi, mais bien des célibataires pieuses que je croise semblent chastes plus par peur voire détestation du corps que par amour. L'Eglise, dans son attention pour ses enfants, propose aux jeunes différents contextes et activités qui permettent de facto de rencontrer son conjoint. Il faut croire que les personnes saines s'engagent vers la trentaine voire avant grâce à cette sollicitude de l'institution et que celles qui restent ont d'une façon ou d'une autre un problème (je ne m'exclue pas du lot bien que le mien soit plus une particularité qu'un vice caché).
3) PRATIQUE. Comme le dit ce poème, je trouve qu'il est difficile de démarrer une relation privilégiée sans l'apport de la dimension physique. Un de mes amis à présent marié a plusieurs fois eu l'occasion de "cheminer" avec des coreligionnaires femmes qui mettaient fin au-dit chemin sans délicatesse ni préavis, l'ami en question n'étant pas d'un milieu social très fortuné. Quand il a rencontré sa femme, ils ont eu rapidement des relations sexuelles qui leur ont permis de sortir de l'abstraction. Ayant discerné leur appel au mariage, ils ont très rapidement renoncé à ces relations sexuelles, et ont vécu des fiançailles conformes aux recommandations de l'Eglise. Ce que ce poème interroge, c'est le fait que par peur ou par froideur, la chair n'étant pas censé pouvoir intervenir dans la rencontre entre deux catholiques, nous sommes un certain nombre, hommes ou femmes, qui prenons notre foi au sérieux, à nous situer durablement dans la non-rencontre, dans un monde qui nous ringardise et où d'autres populations prolifèrent.
Je ne suis pas pour un changement de discipline de l'Eglise en ce qui concerne la morale sexuelle. Mais nous sommes chrétiens, et le Christ nous enseigne notamment par la parabole du Fils Prodigue que l'Esprit de Dieu qui est amour prévaut sur l'observance stricte de la loi. Vaut-il mieux respecter la loi et mourir ou la transgresser ponctuellement et vivre? Donc des catholiques célibataires qui, un peu comme le fils ainé de la-dite parabole, se barricadent par peur de se mettre en danger dans la rencontre pèchent contre la charité puisqu'en persistant dans leur solitude, ils privent ce monde en danger mortel d'oublier Dieu d'un foyer chrétien de plus avec toute la dimension missionnaire que cela rend possible.

Portrait de Cat-modératrice

Bonjour Quasimodo,

Merci d'avoir pris le temps de m'expliquer le sens de ton poème.

Je pense comme toi que la colère est préférable à la dépression, tant que la colère ne se transforme pas en haine, mais te connaissant je ne pense pas que ce soit le cas pour toi.

Est-ce que le temps passé devant les écrans explique la solitude, ou est-ce l'inverse ? Cela doit dépendre des personnes. Les écrans permettent aussi de se faire des amis que l'on rencontre hors écran ensuite. J'y ai rencontré Pierre-Antoine, mon mari, et j'y ai fait connaissance avec toi. C'est pas mal aussi pour les personnes qui sont loin de tout et qui ont des difficultés pour se déplacer. Mais pour d'autres personnes, cela peut devenir un prétexte pour ne pas affronter certaines peurs ou certaines difficultés relationnelles.

La où je suis totalement d'accord avec toi, c'est quand tu écris : « Donc des catholiques célibataires qui, un peu comme le fils ainé de ladite parabole, se barricadent par peur de se mettre en danger dans la rencontre pèchent contre la charité puisqu'en persistant dans leur solitude, ils privent ce monde en danger mortel d'oublier Dieu d'un foyer chrétien de plus avec toute la dimension missionnaire que cela rend possible. »

C'est un peu la parabole de celui qui enterre sa pièce par peur, et à qui Dieu fait les reproches les plus violents.

C'est vrai que cela peut être une forte tentation pour certains, parfois avec beaucoup de bonne volonté, d'éviter toutes les situations de péché, dans le but de rester pur.

La première fois où je suis partie en mission avec Points-Cœur, je me suis rendue compte qu'en deux ans au contact de situations extrêmes, j'avais eu l'occasion de tomber dans beaucoup plus de péché qu'en bien des années où j'étais dans mon coin en France. De même pour tous les temps de mission où j'ai vécu auprès de personnes en grande difficulté que je souhaitais soutenir : péché de lâcheté parfois face à une situation qui me dépassait ou me faisait peur, péché de violence quand ma patience touchait ses limites face à la violence insidieuse de l'autre, difficulté à pardonner parfois, et bien d'autres...

Mais saint Pierre nous dit que « l'amour couvre une multitude de péchés », tandis que l'absence de péché ne compense pas l'absence d'amour. Saint Jean de la Croix dit : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l'amour », et non sur l'absence de fautes. C'est aussi ce que nous dit le Jugement dernier de saint Mathieu. L'amour vrai conduit forcément à un désir de pureté, mais pas à désirer la pureté au détriment du don de soi.

Comme tu le dis, s'ouvrir à une relation pouvant aboutir à fonder une famille, selon l'appel de Dieu sur l'homme et la femme, est une forme éminemment noble de don de soi. Comme tu le dis, refuser de prendre les moyens que cela arrive, par peur de tomber, est un grave péché ! Mais ce péché est difficile à voir à l'œil nu.

Pour autant, j’approuve ceux qui essaient vraiment d’être fidèles au commandement de la chasteté ! Il ne faut pas tomber dans l’autre piège, en se disant, « ce sera plus facile sans essayer d’être chaste, je pourrai toujours me confesser avant mon mariage. » Je ne dis pas que c’est ton propos, bien sûr ! Mais certains pourraient le comprendre comme ça.

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