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Peut-on m'expliquer Matthieu 15, 26-27 svp?

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Bonjour Régine,

Voici le passage en question :

En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Et voici qu'une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David: ma fille est fort malmenée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s'approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » A quoi il répondit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » — « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il t'advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie.

Je trouve que c'est effectivement l'un des passages les plus difficiles à comprendre des Évangiles !

C'est vrai que pendant sa vie publique, Jésus prêchait aux Juifs et non au païens. En effet, Dieu avait choisi le peuple d'Israël pour l'éduquer pendant des siècles, et le préparer à l'accueil du Messie. Le Messie est venu pour sauver tous les hommes, mais Il a voulu d'abord choisir des apôtres parmi les Juifs, pour les éduquer encore et les préparer à être envoyés pour annoncer la Bonne Nouvelle du Salut à tous les hommes.

Cela n'explique pas cependant la façon dont Jésus parle à cette femme. Traiter quelqu'un de "chien" était très méprisant pour les Juifs. Et le refus de Jésus de répondre à la demande de cette femme est bien étonnant, sachant qu'il a pris soin d'autres étrangers (ex : le serviteur du centurion romain), et qu'il a prêché la miséricorde envers les non-Juifs. Il avait mis en colère ses compatriotes en leur disant :

Je vous le dis, en vérité, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d'Elie, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, quand il y eu une grande famine sur toute la terre ; et Elie ne fut envoyé vers aucune d'elles, mais à Sarepta de Sidon, vers une femme veuve. Et il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; et aucun d'eux ne fut guéri, mais Naaman le Syrien. (Lc 4, 25-27)

Cette réaction paraît donc contradictoire avec les paroles qu'il a à d'autres moments !

J'ai trouvé deux homélies intéressantes sur cet Évangile : une homélie de Benoît XVI, mais qui n'explique pas directement le terme de « petits chiens », et une homélie d'un prêtre nommé Joseph-Marie.

Benoît XVI nous explique :

[...] Quelle est l’attitude du Seigneur face à ce cri de douleur d’une femme païenne ? Le silence de Jésus peut paraître déconcertant, si bien qu’il suscite l’intervention des disciples, mais il ne s’agit pas d’insensibilité à la douleur de cette femme. Saint Augustin commente justement : « Le Seigneur feignait de ne pas l’entendre, mais ce n’était point pour lui refuser sa miséricorde, c’était pour enflammer encore son désir » (Sermo 77, 1: PL 38, 483). Le détachement apparent de Jésus qui dit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (v. 24) ne décourage pas la cananéenne qui insiste : « Seigneur, viens à mon secours ! » (v. 25). Et même lorsqu’elle reçoit une réponse qui semble ôter toute espérance — « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » (v. 26) —, elle ne renonce pas. Elle ne veut rien enlever à personne : dans sa simplicité et son humilité peu lui importe, les miettes lui suffisent, seul un regard lui suffit, une bonne parole du Fils de Dieu. Et Jésus est admiratif de cette réponse de foi si grande et lui dit : « Qu’il t’advienne selon ton désir » (v. 28).

Chers amis, nous sommes nous aussi appelés à grandir dans la foi, à nous ouvrir et à accueillir avec liberté le don de Dieu, à avoir confiance et à crier aussi à Jésus : « Donne-nous la foi, aide-nous à trouver le chemin ! ». C’est le chemin que Jésus a fait accomplir à ses disciples, à la femme cananéenne et aux hommes de tous les temps et de tous les peuples, à chacun de nous. La foi nous ouvre à la connaissance et à l’accueil de la véritable identité de Jésus, à sa nouveauté et à son unicité, à sa Parole comme source de vie pour vivre une relation personnelle avec Lui. La connaissance de la foi grandit, grandit avec le désir de trouver la route, et elle est finalement un don de Dieu qui se révèle à nous non comme une chose abstraite sans visage et sans nom, mais la foi répond à une Personne qui veut entrer dans une relation d’amour profond avec nous et impliquer toute notre vie.

Le Père Joseph-Marie donne des pistes très intéressantes :

[...] Ce qui reste de l'ancienne Canaan est toujours, pour les juifs, au moment où Jésus s'y rend, une terre de paganisme et d'idolâtrie, qui évoque guerres et cultes païens ; une terre de perversion morale et religieuse, une terre de perdition, en tout point étrangère. Pourtant cette femme cananéenne est chez elle : c’est plutôt Jésus et ses disciples qui sont étrangers en terre de Tyr et de Sidon. 

[...] L’interpellation de cette femme cananéenne témoigne d’une étonnante connaissance de la tradition juive ; peut-être même le titre « Seigneur, fils de David » attribué à Jésus est-il une ébauche de foi, comme semble le confirmer la demande, puisqu’elle espère qu’il prendra autorité sur le démon qui tourmente sa fille.

Le silence de Jésus veut obliger les disciples à résoudre eux-mêmes ce dilemme : cette femme païenne, habitant en terre étrangère, mais témoignant par sa foi naissante qu’elle est visitée par Dieu, est-elle impure en raison de son appartenance raciale, ou au contraire, faut-il juger de sa pureté, c’est-à-dire de la qualité de sa relation à Dieu à partir de « ce qui est sorti de sa bouche et qui provient de son cœur » (15, 8) ?
Les disciples ne semblent pas avoir perçu le problème : ils demandent à Jésus de « donner satisfaction » à la femme non pas comme confirmation de sa confession de foi, mais pour couper court à une situation embarrassante. Pensez donc : un Rabbi juif poursuivi par les cris d’une païenne, cela pourrait causer scandale ! Les disciples demeurent tout aussi enfermés dans leur a priori et leur formalisme religieux que les pharisiens.
Dans un premier temps, la réponse de Jésus explicite ce que les disciples n’avaient pas osé formuler : un Rabbi d’Israël ne s’occupe pas des étrangers ; c’est à son peuple que Dieu envoie ses messagers.
Mais Jésus lui-même n’ordonnait-il pas : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?
Nous pourrions ajouter la parabole du Bon Samaritain, et cela suffirait pour faire pressentir que la remarque de Jésus doit être interprétée autrement que comme un refus d’aider cette femme. Il est même exclus que Jésus repousse cette femme, lui qui n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs, et qui se présente comme le médecin divin venu pour les malades et pas pour les biens-portants, ou du moins ceux qui croient l’être.
En fait, la parole énigmatique de Jésus concernant les brebis perdues d’Israël fait partie d’une stratégie pédagogique que le Seigneur met en place et qu’il s’agit de décrypter.
La femme l’avait d’abord interpellé comme « Fils de David », le désignant ainsi comme le Messie attendu par les Juifs ; mais celui-ci n’est effectivement envoyé qu’à la seule maison d’Israël. Si elle reçoit une réponse de non-recevoir à sa demande, c’est tout simplement parce qu’elle est mal formulée.
En tant que Cananéenne, ce n’est pas à la tradition juive et à son attente restrictive qu’elle doit s’adresser, mais à ce qui, de cette tradition, s’accomplit en Jésus dans une ouverture universelle.
Autrement dit, le Seigneur veut la faire passer de la vétusté de l’Ancienne Alliance à la nouveauté de l’Evangile annoncé à tous les pauvres, sans exception. 

[...] Continuant son effort pédagogique, Jésus répond plus mystérieusement encore : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »

Les enfants sont les fils d’Israël. Par contraste, l’apostrophe « chiens » était utilisée par les juifs pour désigner les païens, et en particulier les Cananéens. Le terme « petits chiens » n’a pas cette connotation méprisante : il ne désigne pas les chiens errants, objet de dédain, mais les animaux domestiques qui habitaient sous le toit de leur maître et jouissaient de leur faveur.
Le pain de la Parole est réservé aux seuls juifs qui se considèrent comme justes, méprisant les étrangers. Jésus semble donc insister : le pain des pharisiens n’est pas pour toi.
La femme aurait pu se décourager ; mais nul doute que le ton de la voix de Jésus, et l’attention qu’il lui porte alors que les disciples voulaient l’écarter, lui permettent d’interpréter les paroles du Seigneur comme une invitation à passer à un autre plan, à renoncer à vouloir inscrire Jésus dans une catégorie religieuse, pour s’approcher de lui en simplicité et avec une totale confiance. 

[...] Elle a saisi que le pain destiné aux enfants dont parle Jésus, c’est sa Parole qui donne vie, mais qui est rejetée par ses coreligionnaires comme une nourriture avariée. Dès lors, puisque les enfants d’Israël font preuve de si peu d’appétit pour le pain de la Parole que Jésus leur offre, pourquoi n’en profiterait-elle pas ? Aussi ose-t-elle répondre dans un élan de confiance : « Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres »

merci à vous.

Bonjour Régine,

Désolé de cette réponse tardive, je n'ai lu votre question que récemment, au cours de mes recherches sur ce passage de Matthieu. Je vous propose une tout autre lecture de ce passage que les commentaires qu'on en trouve habituellement. A vous de juger.

Ce passage est un des plus choquants des Evangiles, et c'est là-dessus qu'il faut s'arrêter. Les réactions de Jésus et des disciples à la demande de la Cananéenne sont à l'opposé de nos représentations convenues. Avant de voir la raison de cette approche pour le moins surprenante, intéressons-nous à nos présupposés concernant les protagonistes de l'histoire qui nous est contée, et les aspects qui devraient nous choquer mais que nous ne voyons pas.
- La fille possédée n'est pas présente dans la scène. Ce qui est choquant, c'est que Jésus finit par guérir, à distance, par procuration en quelque sorte, quelqu'un qu'il n'a jamais vu, et qu'il ne va pas voir. Personne ne semble s'interroger sur cet aspect.
- Tout le monde semble d'accord pour louer la foi de cette femme, entièrement dévouée à sa fille.
- Nous supposons d'emblée une réponse bienveillante de Jésus et des disciples et le moins qu'on puisse dire est que l'accueil est plutôt glacial…

Il y a plusieurs indications dans le texte qui devraient nous alerter sur l'état d'esprit de la femme.
- Elle crie, ce qui ne dénote pas un état d'esprit serein.
- Elle dit : aie pitié de moi, alors que si sa préoccupation première était la guérison de sa fille, elle devrait dire : aie pitié de ma fille. Cette attitude autocentrée devrait nous interpeller.
- Elle appelle Jésus "Fils de David", expression qui désigne le Messie. Seules deux catégories de personnes reconnaissent, à ce stade de sa prédication, Jésus comme le Messie : les prophètes (Jean le Baptiste, Siméon, Anne…), et ceux qui sont possédés par un démon (voir par exemple Marc 1,24). Cette femme est-elle sainte ou démoniaque ?

Trois indices, donc. Le dernier doit nous interpeller, parce que c'est justement ce que cette femme dit de sa fille : elle est démoniaque. A ce stade, il faut nous dépouiller de nos préjugés et poser l'hypothèse : et si la femme et sa fille étaient toutes deux démoniaques ? Qu'est ce que cela peut bien vouloir dire ? Si nous retenons cette hypothèse, alors nous devons nous intéresser à la relation entre la fille et la mère, et constater que cette relation est sans doute toxique (d'où les "démons"). La mère et sa fille sont dans le conflit violent. C'est choquant, mais n'est-ce pas le lot des relations parents-enfants dans bien des familles, notamment à l'adolescence ?
Avec cette approche, nous comprenons mieux pourquoi Jésus se tait. La femme cherche en Jésus un complice dans le conflit qui l'oppose à sa fille. Il ne va pas répondre à une demande motivée par le ressentiment. Nous comprenons aussi la réaction des disciples, qui ont inconsciemment perçu toute la violence de la démarche de la femme, et qui veulent la chasser.
La "méthode thérapeutique" de Jésus est remarquable. Plutôt que de désigner directement sa violence à la femme, ce qu'elle serait incapable d'entendre, il va renforcer encore ses blocages en copiant, en quelque sorte, sa violence, en lui tendant un miroir. La femme est enfermée dans une relation antagoniste avec sa fille, Jésus l'enferme dans une relation antagoniste avec lui et les disciples. Elle est coincée.
Notez l'extrême subtilité et la richesse de la parole qui va tout débloquer : "Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens". Cette parole dit plusieurs choses :
- elle reprend le parti pris de la femme, son état d'esprit, son enfermement dans la relation violente : l'autre n'est pas digne de mon amour, c'est l'autre qui est responsable, c'est l'autre qui est mauvais. Dans une relation violente, nous avons toujours cette tendance à nous voir purs, victimes, et à rejeter la responsabilité sur l'autre.
- Elle s'applique aussi bien à la relation entre Jésus, les disciples et la femme qu'à la relation avec sa fille.
- Elle indique la réalité de ce type de relation : c'est une relation entre êtres inconscients (petit chien – enfant)

Autrement dit, Jésus montre à la femme deux murs, celui qui la sépare de sa fille, et celui qui la sépare de lui, et indique à quel point ces deux murs se ressemblent. Elle montre aussi l'extrême inconscience qui nous enferme dans notre mensonge favori : la vertu c'est moi, le mal c'est l'autre. Cette parole est une invitation à changer son regard sur l'autre.
La femme comprend, et exprime cette révélation de sa violence :
- C'est vrai, Seigneur : tu viens de décrire la réalité de nos relations humaines.
- mais : il y a une autre réalité, que tu m'as fait voir
- les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître : je suis digne de ton amour, et ma fille est digne du mien.
La réponse de la femme montre qu'elle a entièrement levé le blocage qui l'empêche d'aimer sa fille. Elle a fait confiance à l'amour : sa foi est grande. "Qu'il t'arrive comme tu le veux" : c'est seulement lorsque nous devenons conscients dans l'amour que notre prière est exaucée.

Nous n'assistons pas, dans ce passage, à la guérison d'une démoniaque absente : nous sommes témoins de la guérison d'une relation mère-fille.

J'ai lu les réponses des uns et des autres, je voudrai juste inviter qui le souhaite à lire la scène y relative dans "l'Evangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta, Tome V, chapite 19, pages 123-131.
Moi, j'y découvre une grande pédagogie du Seigneur qui nous pousse au large, Il veut que nous soyons des aigles afin de voler très haut, alors que nous avons souvent tendance à être comme les oiseaux de la basse cour.Chaque fois qu'un passage de la Bonne Nouvelle nous choque, ce qu'elle contient beaucoup de grâces pour nous. "Heureux serez vous si je ne suis pas une occasion de chute pour vous" Si cela nous choque c'est que nous sommes "vivants". les "morts n'y voient qe du feu"

Merci pour tous ces partages enrichissants et que Dieu nous bénisse tous! Que la bénédiction maternelle et spéciale de la Sainte Vierge nous couvre!!!
Alba

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