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Pakistan : le Parlement vote une loi sanctionnant les ''crimes d’honneur''

Portrait de Cat-modératrice
La bonne nouvelle: 

Nouvelle du site Églises d'Asie :

[...] Les « crimes d’honneur », également appelés karo kari en ourdou, puisent leur légitimité dans différentes pratiques traditionnelles et culturelles. Ce sont des punitions infligées à certaines personnes pour leur manquement à l’honneur d’un groupe ou d’une communauté. La plupart du temps, elles prennent la forme d’une sanction faite à une femme ou une jeune fille, suite à une action ou un comportement que sa famille ou sa communauté a jugé déviant et salissant pour l’honneur du groupe. Ces crimes peuvent recouvrir différentes réalités, allant d’une violence psychologique à des formes appuyées de violence physique, comme des violences à l’acide ou le meurtre par lapidation. Les motifs sont divers : refus d’un mariage arrangé, refus de faveurs sexuelles, tentative de divorce dans un contexte de violences conjugales ou d’adultère, grossesse en dehors du mariage, ou encore le fait d’être victime d’un viol ou d’un abus sexuel incestueux.

Des chiffres alarmants

Selon un rapport du Center for Social Justice, une ONG chrétienne située à Lahore, la moitié des crimes d’honneur dans le monde sont commis au Pakistan, et la plupart de ces crimes sont perpétrées contre des femmes ou des jeunes filles. Ces crimes ont principalement lieu dans des régions reculées, où les lois tribales et patriarcales priment sur le droit pénal, et où les forces de police et les médias sont peu présents.

D’après les chiffres officiels du ministère pakistanais des Droits de l’homme, en 2015, plus de 1 100 femmes ont été tuées par des proches dans le cadre d’un « crime d’honneur ». Sur les 8 648 cas enregistrés de violations des droits de l’homme, entre 2012 et 2015, 10 % concernait des crimes d’honneur, des chiffres qui seraient bien inférieur à la réalité, puisque très peu de cas de ces violences font l’objet de déclarations auprès de la police ou de la justice, du fait de l’implication fréquente de l’entourage direct et du poids culturel qui tend à rendre légitime la défense de l’honneur du groupe, coûte que coûte.

Contenu de la nouvelle loi

La loi votée le 6 octobre vise donc à dissuader ces pratiques en sanctionnant plus durement les auteurs de ces crimes, qui jusqu’ici, selon une disposition du Code pénal pakistanais, inspirée du droit islamique, pouvaient échapper à toute condamnation si la victime ou les membres de la famille de celle-ci leur avaient pardonné son acte, en échange d’une compensation financière.

Désormais, les auteurs de ces crimes seront passibles de 25 ans d’emprisonnement minimum. La nouvelle loi supprime également la possibilité d’accorder une grâce à l’auteur du crime, même si la famille de la victime est parvenue à un accord avec l’assassin.

Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif s’est réjoui du vote de cette nouvelle loi. Selon lui, de telles pratiques n’ont pas leur place dans l’islam, car « il n’y pas d’honneur dans le crime d’honneur ». [...]

Une deuxième loi au sujet du viol

La deuxième loi votée le 6 octobre 2016 cherche également à protéger davantage les femmes, en punissant plus sévèrement les auteurs de viol, avec une peine plancher de 25 ans de prison. Elle prévoit notamment que des tests ADN puissent être réalisés à la fois sur la victime et sur les suspects, une première au Pakistan. Le viol sur mineur ou toute personne handicapée ou mentalement malade sera sanctionné de peine de mort.

Mais encore faut-il que les viols soient enregistrés auprès de la police et de la justice, dans un pays où les condamnations pour viol restent rares, estime le P. Yousaf Mani, président de la Commission ‘Justice et paix’ de la Conférence épiscopale pakistanaise. « Voter une loi importe peu si ensuite elle ne n’est pas appliquée, car elle perd alors de son caractère dissuasif. Par contre, nous sommes contre la peine de mort et nous espérons que la prison à perpétuité permettra d’éradiquer les violences faites aux femmes et aux jeunes filles », a commenté le prêtre auprès de l’agence Ucanews.

D’après les chiffres officiels du ministère des Droits de l’homme, sur les 8 648 cas enregistrés de violations des droits de l’homme entre 2012 et 2015, 14 % concernait des cas de viols et 3 % des cas de harcèlement sexuel, des chiffres bien au deçà de la réalité vécue par de nombreuses femmes pakistanaises, victimes à la foi de violences et de la prééminence de la loi du silence.

(eda/nfb)

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