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Témoignage d'un apostolat auprès des gens du voyage

Portrait de Abbé Damien Verley
Article du blog: 

Temps de lecture estimé : 6 min

Pourquoi un apostolat chez les voyageurs ?

Il y a quatre ans, pour l’année sacerdotale, des prêtres de mon diocèse ont fait venir pour trois jours la relique du cœur du saint curé d’Ars. Parmi eux étaient l’aumônier des gens du voyage.

En suivant les célébrations autour de la venue des reliques, je suis allé à l’Église Saint-Jean-Marie-Vianney dans le quartier des Isards. Grande surprise, en arrivant devant l’Église, de très nombreux enfants, des familles, des chants, de la guitare, une ferveur étonnante ! Premier contact avec le monde du voyage.

Un an après, le délégué des séminaristes m’envoyait auprès d’eux pour mon insertion pastorale, le week-end et les vacances, ce qui s’est prolongé sur un mi-temps au cours de mon année diaconale.

 

Quelques semaines après, aux JMJ de Madrid, je vois trois hommes trapus, torse poil dans la foule, avec qui je discute. Des voyageurs. Ils sont un bon groupe d’une trentaine. Discutant avec l'un d'eux, je lui demande de faire un petit témoignage à mon groupe paroissial. Détonnant de vigueur, de clarté ! tout le monde est très impressionné !

Quelques mois après, je découvre le monde des gens du voyage à Toulouse en commençant mon insertion. Dans un autre monde. Terrifiant pour beaucoup. À Toulouse, le quartier de Ginestous est connu pour les voitures brûlées et les descentes de police. Un quartier où l’on entre un peu inquiet et où j’ai toujours un grand plaisir à aller maintenant. Une sorte de village à l’ancienne, où tout le monde se connaît, parle sur le pas de la porte ! Un monde qui, pour la plupart des non-voyageurs, semble sale, plein de superstition, inhospitalier, mais qui s’avère chaleureux, croyant et très attachant au fur et à mesure !


Apostolat et prosélytisme des sectes évangéliques

L’apostolat dans le monde du voyage passe par la préparation des sacrements. C’est l’occasion d’une catéchèse familiale, dans des conditions bruyantes, où les enfants vont entrer et sortir, poser des questions, où il faut s’adapter en permanence, et apprendre à revenir au cœur de la foi, en parlant simplement de l’histoire du salut.

Simplement mais sans simplifier ! Car le monde du voyage est submergé par les églises évangéliques, ainsi que les témoins de Jéhovah, très prosélytes, prêchant un christianisme simplifié, jusqu’à le dénaturer. Patrice de Plunket résumait en parlant de « l’Évangile de la prospérité » : convertis-toi, viens chez nous, car les catholiques adorent Marie, et ils ne seront pas sauvés ; si tu viens chez nous, tu guériras, ta femme reviendra et tout ira mieux. C’est une caricature certes, mais un signe de cela est le fait que les évangéliques reprochent toujours aux catholiques leur crucifix, car Jésus est ressuscité, il n’est plus sur la croix. La foi joyeuse, avec ses chants, ses alleluia à tout bout de champ, qui appuie la grandeur et la puissance de Dieu, mais qui parfois met de côté la croix.

Pour nous, « nous prêchons un messie crucifié, folie pour les païens, scandales pour les juifs ». Il est mort et ressuscité, avec lui nous devons mourir au péché pour ressusciter avec lui. La prise en compte de la souffrance et de la mort dans la vie chrétienne n’est pas aisée, lorsque tout l’accent est mis sur la résurrection, la joie, la puissance de Dieu, etc. 

Il me semble qu’« hérésie » veut dire « choix », et que, tous, nous risquons d’en faire. Des sectes évangéliques insistent parfois trop unilatéralement sur la résurrection et ses fruits dans la vie des chrétiens, sans parler de la croix du Seigneur et dans la vie de ses disciples.


Que la foi grandisse

Il faut donc toujours purifier la foi, car elle est là, elle est ancrée dans le monde du voyage. Presqu’aucun voyageur ne se dira athée. Mais quelle foi ? Un jour j’ai entendu dire : « Moi mon père, quand je prie Dieu, je ne ressens rien, par contre quand je vais à Lourdes prier Marie, je ressens quelque chose, alors moi c’est Marie, mais pas Dieu » !

Comme chez tout homme, blessé par le péché originel, il y a de nombreuses incohérences, et toute l’évangélisation vise à faire la rencontre du Christ, qui nous révèle le vrai Dieu, seul capable de nous unifier.


Les pèlerinages des gens du voyage

Leur foi passe par les pèlerinages, et la dévotion populaire. Les papes rappellent souvent que la dévotion populaire est bonne si elle nous mène au Christ. Lourdes et les saintes Maries de la mer pour les deux grands pèlerinages nationaux, Paray-le-Monial, Ars, pour les plus fervents et missionnaires. Il y a ensuite tous les pèlerinages locaux : Pibrac, Notre-Dame-de-Livron à côté de Montauban, le Mont-Saint-Michel… C’est l’occasion pour des voyageurs semi-sédentarisés de reprendre la route, et d’aller confier leurs intentions de prières aux saints. Un autre pèlerinage est celui au bienheureux Ceferino, à Barbastro.

Les pèlerinages sont l’occasion de recevoir les sacrements, ils sont l’occasion d’enseignement. Ils sont l’occasion de rencontrer des voyageurs de toute la France, et d’ailleurs.


Gens du Voyage et sainteté.

Il y a de nombreux aspects très beaux chez les voyageurs, souvent passés sous silence en raison des tous les méfaits qui sont plus propices à défrayer la chronique.

Les voyageurs ont un sens du clan et de la famille qui a su résister jusqu’aujourd’hui à l’individualisme contemporain. La famille est le lieu de solidarité fondamental. Elle donne lieu à de nombreuses réjouissances pour les fêtes : pour les baptêmes on fait de grandes fêtes, on loue parfois des chapiteaux, avec traiteur, etc.

La maladie est le lieu d’une compassion et d’une aide particulièrement remarquable à notre époque où beaucoup de personnes âgées ne bénéficient plus du lien familial, et meurent isolées. Lorsqu’une personne est malade, la famille élargie fait bloc autour d’elle.

Le bienheureux Ceferino Jiménez, martyr de la guerre civile espagnole en 1936Le bienheureux Céférino, dit El Pélé, a été béatifié par Jean-Paul II le 4 mai 1997. Il est un vrai kalo (« noir », ce qui désigne les gitans espagnols) qui n’a rien renié de sa culture propre. Il exerçait un métier de gitan, maquignon. Il s’est marié coutumièrement, puis à l’Église. Il avait sa liberté d’homme du voyage, son caractère également. Enraciné dans le Christ et dans l’Église, il a puisé dans les sacrements, et prenait du temps pour le service au pauvre. Il priait le chapelet, et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été emprisonné puis fusillé, car il a refusé de renier sa foi au Christ et la prière à sa Mère.


Une culture à évangéliser toujours plus en profondeur

Tout ce qu’il y a de bon est à garder, tout ce qui est contraire à la foi et aux mœurs est à mettre de côté. Le discernement ne semble pas toujours simple. Il y a beaucoup de rites autour de la mort qui semblent parfois s’éloigner de la foi chrétienne. Il y a aussi de nombreuses formes de superstition ou de pratiques magiques. J’aime parfois rappeler que nous disons : « Notre Père, qui es aux cieux, que ta volonté soit faite ».  Une façon de pratiquer le christianisme risque de le faire dévier, en prenant le bon Dieu pour un SAMU, en s’adressant à lui surtout dans les besoins, disant : « Notre Père, qui es aux cieux, que ma volonté soit faite » ! Voyageurs ou gadgés, nous avons tous à purifier notre foi. Notre culture post chrétienne a beaucoup de choses à purifier, comme dans le monde du voyage. Il faut faire le tri. Le Seigneur est venu apporter un glaive, et il passe souvent dans notre cœur, lorsque nous devons abandonner certains vices ou péchés, mais il passe aussi dans nos familles, nos cultures.
 

Pour terminer

Il me semble que les voyageurs ont divers points à nous enseigner : le sens de la famille. Une certaine liberté et confiance dans l’avenir à l’heure où nous n’osons parfois pas agrandir nos familles, par peur de manquer des moyens matériels pour y subvenir. Une confiance simple et profonde en Dieu. Une foi qui passe par des gestes, des pèlerinages, du concret que notre foi cérébrale a parfois mis de côté. Une générosité dans l’accueil : une fois la glace brisée, ils sont d’une grande générosité à votre égard, la porte est toujours ouverte. L’inculturation et une spontanéité dans la foi et dans l’expression de la foi que nous mettons de temps à autre de côté. Ces aspects là, que l’on retrouve parfois dans les milieux charismatiques ou de type Emmanuel (chants inculturés aux styles modernes, témoignages), permettent de mieux cerner l’importance de l’inculturation et de la simplification du vocabulaire lorsque l’on annoncer la foi à nos contemporains, profondément déculturés.

Enfin, je rends grâce à Dieu pour les amitiés créées, pour les témoignages de foi et de conversion que j’ai vus, pour l’œuvre de Dieu dans le monde du voyage. Le Seigneur est bon !

 
 
Inauguration de la chapelle de Ginestous
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Commentaires

Merci mon Père, pour ce témoignage et ces explications. Ah, comme j'aimerai être comme eux, avec ma famille qui m'entoure, ce qui n'est pas le cas. Et même ma maman Alzeimer, n'est pas entourée. Prions en unité pour nos familles.

merci pour votre envoi qui correspond parfaitement à ma vision de mon apostolat auprès des gens du voyage et en en faisant partie,cela me fait très plaisir de vous lire. Etait-ce une coïncidence?Je ne crois pas. Je ne sais même pas si vous avez lu mon billet .Alors je vous ai rajouté dessus.

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