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Des raisons d'éviter la vie commune avant le mariage

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Article du blog: 

Temps de lecture estimé : 4 min 30

Cet article tente de répondre à la délicate question de la vie commune avant le mariage, et spécialement de la position de l'Église qui la prohibe.

La question posée est celle-ci :
Comment peut-on être certain que c'est la bonne personne avec qui vivre toute sa vie, si on ne sait pas comment elle vit au quotidien ?
 
Je veux d'abord me pencher sur le premier membre de la question :
 
Comment peut-on être certain que c'est la bonne personne avec qui vivre toute sa vie ?
 
La réponse, c'est qu'on ne peut pas l'être. L'être humain est un mystère, tant pour les autres êtres humains que pour lui-même. Nous sommes donc en présence de deux êtres attirés l'un par l'autre, mais qui, ni l'un, ni l'autre, ne se connaissent complètement.
 
Il est illusoire de penser que l'on peut être certain de trouver LA bonne personne. On ne peut pas l'être. Même après le mariage, la personne la plus décidée, la plus engagée et la plus soutenue par d'autres personnes engagées à fond dans la volonté de ne jamais tomber dans l'adultère et/ou la séparation, peut tomber et ne plus apparaître comme LA bonne personne avec qui vivre toute sa vie.
 
Maintenant prenons la question sous-jacente : « Même si on ne peut jamais être certain que c'est LA bonne personne, pourquoi se refuser à mettre toutes les chances de son côté, dont la vie commune ? »
 
Premier point :
Je renchéris sur ce qui a été dit plus haut : non seulement les couples qui ont vécu ensemble avant le mariage n'ont pas la garantie d'être plus stables que les autres, mais c'est même l'inverse ! Les statistiques sont formelles : la proportion de couples stables est plus élevées chez ceux qui n'ont pas vécu ensemble avant le mariage que chez ceux qui ont vécu ensemble avant le mariage.
Je n'ai jamais vu ces statistiques dans les journaux, probablement parce qu'elles sont dérangeantes pour l'opinion archi-dominante en faveur de la cohabitation avant le mariage.
Mais les statistiques ne sont pas tout.
 
Deuxième point :
La vie commune avant le mariage vide complètement le mariage de son sens : s'il y a vie commune avant le mariage, pourquoi se marier ? Pour « rendre publique » une union qui existe déjà ? Pour la « solidifier » par les « liens » du mariage ? Tout cela est illusoire : si l'on vit ensemble, tout le monde le sait. Et le mariage ne solidifie rien du tout : ce n'est pas de la colle forte. Si la volonté de rester ensemble s'émousse, le mariage sombrera, tout comme la cohabitation sans mariage.
C'est pourquoi le véritable changement du mariage, c'est le commencement de la vie commune et donc le commencement de l'union des corps.
D'ailleurs, il est à remarquer que dans la conception chrétienne, ce n'est pas la célébration du mariage à l'Église qui engage l'indissolubilité du mariage, c'est la « consommation » du mariage, c'est-à-dire le premier rapport sexuel. Il existe de rares cas où une personne se refuse à son conjoint après le mariage. Dans ce cas, le mariage peut être reconnu nul du fait de cette absence de l'union des corps.
C'est un argument supplémentaire en faveur de l'absence de vie commune avant le mariage. Le mariage est la porte de la vie commune. Entrer dans la vie commune avant de franchir cette porte, c'est renoncer à une des grâces fondamentales du mariage, celle du don total des époux l'un à l'autre, puisque ce don a déjà été partiellement fait par la vie commune. C'est donc un mariage appauvri, réduit, maigre, une faible caution donnée à ce qui a déjà été vécu.
 
Troisième point :
La vie commune est rarement une décision ferme, pleine et entière du couple. C'est effectivement un « essai » . ll arrive souvent que seul l'un des deux membres du couple décide réellement de s'y engager, l'autre ne fait que suivre le mouvement. Cela n'est donc pas du tout une préparation valable au mariage. Au contraire même, puisque c'est une décision « molle » , alors que le mariage implique LA décision d'une vie, un point de non retour absolu pour ceux qui veulent le vivre selon son sens réel, avec l'indissolubilité sans aucune condition. Si l'on prend les choses en perspectives, tout le cheminement du couple peut être sans vraie décision : rencontre « vague » , entrée dans la vie commune « pour faire comme tout le monde » , mariage « parce que ça fait plaisir à la famille » , enfant(s) « parce qu'ils sont si mignons ». La seule vraie décision, le retour au réel dans la vie du couple, sera parfois le divorce. Là, on ne se laisse plus aller au fil de l'eau, c'est dur, on a affaire à un juge, et parfois des avocats, on se retrouve seuls, il faut mettre en place la garde des enfants, le partage des biens et un nouveau logement.
 
 
Cependant, il y a des lueurs d'espérance : il y a de nombreux couples qui comprennent, avant ou après leur mariage, qu'ils ont fait fausse route en vivant ensemble avant le mariage. D'autres personnes, en particulier des prêtres, peuvent les aider à faire cette prise de conscience. Si le couple en formation comprend avant le mariage que la vie commune qu'ils mènent n'est pas un bon chemin, il leur arrive d'y renoncer jusqu'au mariage. Ça existe et c'est un beau témoignage. Cela demande un effort important puisque l'un des deux doit déménager, et il faut renoncer jusqu'au mariage à l'union charnelle.
 
Tout cela pour dire que la vie commune avant le mariage réduit la probabilité que le couple dure, vide de son sens le mariage, affaibli la ferme volonté qui est requise le jour du mariage, et n'a donc que des effets négatifs pour ceux la choisissent ou s'y laissent aller.
 
 
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Commentaires

Bonjour,
Vous citez des statistiques.
Où peut-on les retrouver?
Merci.
Bisous

C'est bête de ne pas me donner de réponse sur l'origine des statistiques de divortialité en fonction de la cohabitation antérieure au mariage.
Certains esprits chagrins vont croire que vous les inventez dans un but apologétique...

Portrait de LN-modératrice

Bonjour Janus,

Je ne peux malheureusement pas répondre à votre question : je n'ai pas écrit cet article et je n'ai aucune idée de l'origine de ces statistiques, même si, il est vrai, je les ai déjà entendues ailleurs.

Je pense que dès que Filippo le pourra, il répondra à votre question... et je suis convaincue qu'il n'y a rien d'apologétique là-dessous.

28 ans de mariage précédé par un an de vie commune, tous 2 chrétiens munis des 3 sacrements de l'initiation chrétienne, pratiquants mariés à l'Église et heureux d'avoir pu "tester" la vie à 2. Cela vous choque ? Et si au bout de quelques années de mariage (civil et religieux) vécu sans avoir pu vivre ensemble et savoir si l'un et l'autre nous faisions le bon ou le mauvais choix, nous avions divorcé, le drame n'aurait-il pas été plus grand dans nos vies et face à Dieu? Partager un kilo de sel avec quelqu'un donne un bel aperçu de la vie à 2 et évite bien des erreurs. Ou alors, tristes et amères d'un couple que nous devions supporter puisque le divorce était impossible parce que sacré, nous aurions transmis à nos enfants un monde triste d'un couple tenant pour les apparences ...Mais il ne s'agit que de notre expérience

Portrait de Filippo-modérateur

Que ce que vous avez choisi de faire me choque ou non n'a pas la moindre importance.

Je suis extrêmement heureux que votre mariage soit solide comme le roc après 28 ans de mariage. Avec vous, je rends grâce pour cela, et je souhaite que de très nombreux couples puissent avoir la grâce de rester unis pendant si longtemps. Cependant cela n'a pas grand chose à voir avec question qui nous occupe.

Vous écrivez "savoir si l'un et l'autre nous faisions le bon ou le mauvais choix". J'ai essayé d'expliquer que justement, la vie commune peut fausser le choix au lieu de le rendre plus libre. Vous pouvez avoir le sentiment que la vie commune avant le mariage vous a évité des déboires après le mariage, mais pouvez-le prouver ? Vous dites "SI nous avions divorcé", mais qu'en savez-vous vraiment ? On ne peut pas accepter un "moindre mal" dans le but d'éviter un hypothétique mal plus grand, dans le futur. La grâce de Dieu nous est donnée ici et maintenant, dans l'aujourd'hui de nos vie.

Vous dites : "Il ne s'agit que de notre expérience". Je n'ai pas dit : "la vie commune avant le mariage est TOUJOURS une catastrophe". Je n'ai pas dit non plus : "ceux qui vivent ensemble avant le mariage sont damnés". Des expériences individuelles comme la vôtre ne prouvent rien. Ce n'est pas parce que 100 millions de personnes pensent ou font ceci ou cela que c'est vrai, beau ou juste. Heureusement que la vérité sur l'homme ne dépend pas des actions des hommes, sinon elle changerait, et ce ne serait donc plus la vérité, mais une simple mode.

Je reconnais que j'ai écris sur un ton vif, sans concession, et que mon article manifeste peu la miséricorde de Dieu sur ce qui se passe autour du mariage. Je regrette ce dernier point. Je cite cependant l'exemple de ces couples qui réalisent qu'ils avaient tort, avant ou après le mariage. Dieu veut toujours nous pardonner les actes que nous posons et qui l'offensent lui, ou les autres, ou nous-même. C'est spécialement vrai dans le mariage. Mais nous ne pouvons pas prétendre être pleinement catholiques si nous acceptons l'idée qu'en matière de foi et de mœurs, l'Église a tort et que nous avons raison. La véritable obéissance est de dire : "Je reconnais que je ne comprends pas cette prescription, mais je fais davantage confiance à Dieu et à sa sainte Église qu'à mon propre jugement. Je souhaite entrer dans cette vision que je ne saisis pas aujourd'hui." Alors, même si je chute, même si à l'occasion je décide de laisser mon jugement passer devant, je peux de bonne foi me laisser relever et aller de l'avant.

Je tiens donc, avec l'Église, même si ça semble incompréhensible et même dangereux aujourd'hui, que le mariage est conçu pour être le point de départ de la vie commune, et non une suite logique d'un premier temps de vie commune. Si la vie commune commence avant le mariage, alors le mariage n'a plus d'intérêt, on peut se demander s'il a même lieu d'exister, puisque de nombreuses personnes choisissent la vie commune sans jamais se marier.

Je suppose que dans les prescriptions de l'Eglise, il y a la loi et il y a l'action de l'homme.La cohabitation avant le mariage est deconseillee parce que Dieu sait que les hommes peuvent se tromper, et cela peut generer des avortements, des enfants élevés sans pere.Mais en meme temps, Dieu n'est pas uniquement un prescripteur de loi et il connait le cœur des hommes.Il n'est pas un juge innexorable, et voit bien qu'il y a des couples qui ne sont pas maries mais qui n'ont pas l'intention de changer de partenaires, et qui veulent rester fideles.

Portrait de LN-modératrice

Bonjour toto, et merci pour votre participation à ce sujet.

En effet, Dieu voit le coeur de l'Homme et Il est avant tout Amour et Miséricorde. Mais cela veut aussi dire qu'Il veut ce qu'il y a de mieux pour l'Homme. C'est avant tout un conseil d'amour que le Seigneur nous donne à travers son Eglise. Libre à chacun d'entre nous de suivre ce conseil ou non, de la même manière qu'un enfant peut choisir de désobéir à ses parents qui lui conseillent de ne pas marcher trop près du bord d'une falaise, de ne pas essayer la cigarette, etc...

Si ce conseil nous est donné, c'est vraiment parce qu'il EST bon pour l'Homme. En effet, comme l'a expliqué Filippo en détail, la cohabitation avant le mariage sera au final un appauvrissement du mariage. Et c'est l'expérience multiséculaire de l'Eglise ainsi que sa connaissance de l'Homme (l'Eglise est experte en humanité) qui lui permet d'affirmer cela.

J'ajouterai que nous ne sommes pas des "partenaires" dans un couple. Dieu voit grand, très grand pour nous. Aussi nous sommes, dans un couple, le canal choisi par Dieu pour venir vers l'autre, et réciproquement. Dans le mariage, nous nous donnons totalement à l'autre, dans toutes les dimensions de notre être. C'est aussi pour cela qu'il est indissoluble. Il ne s'agit pas uniquement de la volonté propre de chacun des époux : Dieu s'est engagé à leurs côtés, cette union est donc sacrée.

C'est un idéal et c'est très bon d'avoir des idéaux à suivre. Mais il y a aussi des cas où les parents ont vécu ensemble seulement après le mariage, ont été élevés dans des familles très catholiques, voir tradi, ont fondé une famille nombreuse, et pourtant, après 25 ans de mariage, le père est parti avec une autre femme qui pourrait être sa fille. La raison : ils ont découvert qu'ils ne s'entendaient pas bien au quotidien, ils ont fait des efforts pendant 25 ans, et puis un jour ça a "pété". Comment les enfants de cette famille peuvent-ils croire une seconde que ce que vous proposez là est la meilleure voie, puisque ça a raté chez eux ? (vous comprendrez ici que c'est mon cas). Votre article est intéressant, mais fille blessée, j'aurai tendance à vouloir vivre avec l'homme que j'aime avant le mariage, parce que je ne pourrai jamais avoir totalement confiance en lui tant que je ne l'aurai pas vu au quotidien. De peur qu'il ne fasse comme mon père.

Portrait de Alouette

Salut Mia,

Je comprend tes craintes, tu as peur d'être trompée, mais je ne crois pas que ce soit en vivant avec l'homme que tu aimes que tu pourras le découvrir.

Malheureusement, l'infidélité ne peut pas se prévoir, c'est tout le problème de la confiance. En même temps, lorsque l'on aime, on prend forcément un risque : celui d'être déçu par l'autre.

J'avoue avoir du mal moi-même à faire confiance à mon mari, j'ai toujours peur qu'il aille voir ailleurs. Je me rends compte que c'est idiot, que ce n'est pas parce que je vais m'en inquiéter que ça va changer quelque chose. Et surtout je me dis qu'il faut que je le laisse libre : car en fait c'est de ça qu'il s'agit. Si je l'aime, je dois le laisser libre même de me faire du mal.

Ce n'est pas facile, alors quand je sens que je lui fais moins confiance, je pense à cette liberté que je lui dois et je me dis comme Ste Thérèse "je tombe, je me relève, je tombe, je me relève..."

Portrait de LN-modératrice

Bonjour Mia,

J'entends votre blessure, et je la comprend d'autant plus que mes parents se sont séparés après de nombreuses années de mariage et que cela m'a causé des souffrances que vous connaissez, comme tant d'autres personnes aujourd'hui.

Je me suis toujours battue pour que les erreurs de mes parents ne viennent pas obscurcir mon jugement sur le bonheur de fonder un couple : je ne crois pas que si nos parents (ceux de tous ceux concernés par le divorce) se sont séparés, ce soit pour ne pas avoir vécu ensemble avant le mariage. Je crois plutôt que c'est un manque de discernement au départ et/ou un manque de dialogue au cours de leur vie commune. Je pense aussi que nous avons tendance à idéaliser la vie de couple de nos parents, qu'il y a de nombreux aspects qui nous échappents, que nous savons pas tout.

Ce que l'on constate aujourd'hui, c'est que la grande majorité des couples qui vivent ensemble avant un engagement pris et clairement énoncé par les deux (ce qui s'exprime à travers le mariage), découvrent à plus ou moins brève échéance qu'ils ne veulent pas continuer la route ensemble. C'est pourquoi l'Eglise nous propose et nous conseille de vivre un temps de discernement (appelé communément fiançailles) qui est là pour vérifier, sous le regard et avec l'aide de Dieu, si nous sommes prêts, l'un et l'autre, à nous unir pour la vie.

Cela n'empêchera pas les difficultés, les chutes de l'un ou l'autre, les disputes, les incompréhensions, les tensions... Ce chemin est un chemin. Il est à parcourir "jusqu'à ce que la mort (les) sépare", et il est à choisir chaque jour.

Encore une fois, je ne crois pas que le fait de vivre ensemble avant le mariage aide à ce qu'un couple tienne dans la durée. La seule chose qui peut nous aider, avec l'aide de Dieu, c'est la volonté d'aimer l'autre et donc de se donner pleinement à l'autre. Ca ne se fait pas une fois pour toutes, mais c'est à chaque instant que se repose l'engagement pris le jour du mariage. 

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