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Splendeur de la vérité : 50 ans de lumière

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Temps de lecture estimé : 8 min

Alors que nous célébrons le cinquantenaire du Concile Vatican II (1962-1965), il est bon pour nous, fils de l’Église catholique, de rendre grâce1 pour les cinquante années exceptionnelles que nous venons de vivre sur le plan doctrinal2.

Avec le Concile, les papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, nous avons assisté à une véritable explosion de lumière. La vision sur Dieu, l’Église et le monde s’est clarifiée d’une manière miraculeuse, comme si le Seigneur, dans sa miséricorde, voulait donner à un monde refusant l’idée même de vérité, une lumière plus forte qu’auparavant aux humbles et aux petits, mais aussi à tous les chercheurs de Dieu.

Chacun peut effectivement constater que le début de ce bond doctrinal coïncide avec les folles années 60, qui ont vu, du moins en Occident, un rejet massif de toute institution ou autorité, au premier rang desquelles se trouve l’Église catholique.

Il est difficile de trouver des domaines doctrinaux qui n’aient pas été abordés par le Concile ou les papes pendant cette période.

I. Homme et femme Il les créa

La progression la plus fulgurante concerne sans doute la vision de l’Église sur le corps et la sexualité. Dès les années 60, la vision traditionnelle de l’Église concernant les buts du mariage se retourne : la sanctification mutuelle des époux est déclarée première, et la fécondité corporelle seconde. Paul VI a l’audace de publier l’encyclique Humanae Vitae en 1968, en pleine explosion libertaire, au moment où le « Jouir sans entraves » domine, sans aucune tolérance pour les autres modes de pensée. Paul VI, dans ce bref texte, exalte l’amour conjugal et condamne un grand nombre de dérives du moment. Il appartiendra à Jean-Paul II de développer son extraordinaire « Théologie du corps », au cours des catéchèses du mercredi, à Rome. Pas moins de 129 conférences seront données entre 1979 et 1984.

Cet enseignement absolument inédit dans l’histoire de l’Église prend sa source dans la réflexion et l’action du Père Karol Wojtyła , futur Jean-Paul II, à Cracovie entre 1949 et 1958. Cet intellectuel hors normes a très tôt cherché à dégager une juste vision de l’homme et de la femme dans le plan de Dieu. Non content de mener une intense réflexion sur ce sujet, il y a réfléchi avec ses étudiants. Il les emmenait en excursion avec lui pour pratiquer des activités sportives, mais aussi pour les former et les faire réfléchir sur ce même sujet. Cette démarche surprenait ses collègues prêtres, tant sur la forme – un prêtre faisant des excursions sportives avec des jeunes – que sur le fond – les faire réfléchir sur l’homme et la femme dans la vision divine, en abordant la question de la sexualité d'une manière très directe. Cette période est très bien racontée dans le livre « Témoin de l’espérance, Jean-Paul II » de Georges Weigel.

II. Une Église renouvelée, ses fidèles tous appelés à la sainteté

Depuis le début de la période que nous étudions, l’Église a mené une intense réflexion sur elle-même, son identité et sa mission. Cela a débuté avec le Concile, dont le texte le plus important est la Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium. Ce texte est présenté sur ce site par six vidéos exceptionnelles, six conférences données par le P. Gagey au cours des années 80. Ce texte renouvelle la réflexion sur le plan de Dieu pour l’humanité, depuis la Création jusqu’à la Parousie – mot grec qui signifie présence, indiquant le moment où Dieu sera « tout en tous » selon l’expression de saint Paul.

L’Église est débarrassée, par ce texte, de tout ce qui pouvait encore l’encombrer comme liens inutiles avec la sphère temporelle. Bien sûr, l’Église ne s’interdit pas de s’exprimer sur des sujets de société, dès lors qu’ils concernent la dignité humaine, le respect de sa liberté et de sa conscience. Mais l’Église était encore alourdie par le poids des siècles, au cours desquelles elle avait souvent dû suppléer au pouvoir temporel, trop faible pour assumer les tâches qui lui sont normalement dévolues. Beaucoup d’évêques et de prêtres furent amenés à être des princes, des parlementaires ou des responsables politiques locaux. Lumen Gentium renouvelle tout cela et, avec d’autres textes du Concile, énonce clairement les rôles des fidèles dans l’Église selon leur état de vie. Évêques, prêtres, religieux et laïcs sont tous appelés à la même sainteté, selon des modalités qui leur sont propres. Cet appel universel à la sainteté, constant depuis les débuts de la Révélation dans l’Ancien Testament, est rappelé avec force pour tous les états de vie, spécialement les non religieux. Jusqu’au XXe siècle, on croyait volontiers que la sainteté était réservée à ceux qui vouaient leur vie à Dieu dans le sacerdoce et la vie religieuse. Cette croyance semblait trouver un appui dans les saints canonisés, presque tous religieux ou martyrs. Le Concile rappelle avec la plus grande force que les laïcs sont appelés à la plus haute sainteté. C’est un acquis considérable, qui sera développé de manière ininterrompue par les papes qui suivront. Jean-Paul II, dans l’exhortation apostolique post-synodale Christifideles Laici (1987), se consacre exclusivement à la vision de l’Église sur les fidèles laïcs, en insistant sur la haute dignité de leur baptême et sur le caractère propre de la sainteté qu’ils doivent vivre.

III. La nouvelle évangélisation

La nécessité urgente de l’évangélisation est un thème qui revient dans les textes conciliaires comme sous la plume des trois papes qui suivent. Le pape Paul VI y a consacré un texte complet – Evangelii Nuntiandi, 1975 – tout comme le pape Jean-Paul II – Redemptoris Missio, 1990. Jean-Paul II a « inventé » le terme de « nouvelle évangélisation », et Benoît XVI lui a donné une importance considérable au sein même de la Curie romaine, en créant le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation en 2010 (la Curie comporte vingt et un de ces Conseils et Congrégations que l’on peut comparer à des « ministères »).

Une réflexion approfondie a été menée sur cette idée de nouvelle évangélisation, car elle porte sur un phénomène inédit dans l’histoire, l’abandon de la foi chrétienne chez la majorité des habitants de pays chrétiens depuis des siècles. Ce phénomène s’accompagne de l’adoption massive de pratiques individuelles et collectives directement en opposition avec la foi chrétienne, comme la contraception, l’avortement ou le « mariage » homosexuel. Ce phénomène constitue donc un immense défi pour l’Église dans les pays de « vieille Chrétienté », presque exclusivement en Europe.

IV. La splendeur de la vérité

Le Concile, comme les papes, ont donné une réponse d’une richesse exceptionnelle au défi du relativisme, qui imprègne à un très haut degré les sociétés développées.

Le Cardinal Ratzinger, dans la dernière messe avant l’entrée en conclave (2005), d’où il sortit comme le pape Benoît XVI, employa l’expression « dictature du relativisme ». Le relativisme est la négation de toute vérité ou certitude stable. Ces deux concepts sont vus comme dangereux, car facteurs de divisions, d’intolérance, et à terme de haine, de violence et de guerre. L’idée qu’une personne ou un groupe puisse énoncer à d’autres une vérité, est littéralement insupportable à notre époque, pour la majorité des gens. Le relativisme soutient que chacun a « sa » vérité, jamais meilleure ou moins bonne que celle de quelqu’un d’autres. On dit volontiers : « À chacun sa vérité », ce qui revient à détruire l’idée même de vérité.

Cette vision est la matrice des totalitarismes du XXe siècle. Jean-Paul II n’a cessé de lutter contre le communisme athée en prononçant cette parole prophétique : « La vérité l’emportera toujours sur le mensonge. » Par cette parole, il a fait chuter l’un des pires systèmes de tous les temps. Il a soutenu les millions d’hommes asservis par cette idéologie de fer, il leur a montré qu’ils ne devaient pas désespérer dès lors qu’ils s’appuieraient sur la plus grande de toutes les forces : la vérité. Jésus a déclaré : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre. » et également : « Je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. »

Contre le relativisme actuel qui nous étouffe, qui nous enferme, qui fait de chaque personne un étranger pour autrui, un prisonnier de ses petites idées et caprices, l’Église, par le Concile et les papes, nous propose le chemin royal de Celui qui a déclaré au prix de sa vie : « Je suis la Vérité. ».

L’encyclique Veritatis Splendor – La splendeur de la vérité, 1993 – du pape Jean-Paul II, expose dans sa deuxième phrase : « La vérité éclaire l’intelligence et donne sa forme à la liberté de l’homme ». La vérité est donc le remède à une liberté anarchique qui mène à l’autodestruction.

La première phrase de l’encyclique Fides et Ratio – La Foi et la raison, 1998 – du pape Jean-Paul II, est celle-ci : « La Foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité. » Est ainsi signifié que la quête de la vérité est indéracinable du cœur humain, même si des forces puissantes cherchent à étouffer cette quête, par toutes sortes de raisons qui ne laissent dans le cœur que le vide et la tristesse.

Benoît XVI, par l’encyclique Caritas in Veritate – La Charité dans la vérité, 2009 – nous explique que la charité, la forme d’amour qui est la plus proprement divine, ne saurait s’exercer sans la vérité : « Ce n’est que dans la vérité que l’amour resplendit et qu’il peut être vécu avec authenticité. La vérité est une lumière qui donne sens et valeur à l’amour. » Par leur vie même, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont manifesté avec force la joie procurée par une vie livrée au service de la vérité. Ce sont des hommes littéralement rayonnants. Jean-Paul II a failli payer de sa vie, dans l’attentat de 1981, son engagement pour la vérité. Sa première encyclique – Redemptor Hominis, 1978 – est une ode à la dignité humaine, un cri de joie devant la beauté de l’homme créé à l’image de Dieu.

Quel bonheur pour nous chrétiens et amis du Christ de pouvoir boire à la source de la Révélation, Révélation expliquée à nos pauvres intelligences par des papes pédagogues de génie et chercheurs de Dieu, toujours aux avant-postes et à notre service pour nous aider à entrer dans le mystère de la Foi. Jean-Paul II comme Benoît XVI seront un jour reconnus, espérons-le, par la communauté intellectuelle mondiale, comme des hommes figurant parmi les plus puissantes intelligences de tous les temps, et cela avec une douceur résolue et une fermeté pleine de miséricorde.

 

Il faudrait un article beaucoup plus long que celui-ci pour couvrir les nombreux domaines où des progrès importants ont été faits pendant ces cinquante ans. Citons, entre autres, la liturgie, la doctrine sociale de l’Église, l’œcuménisme, la vision du sacerdoce, la mise en valeur des innombrables martyrs du XXe siècle et tant d’autres.

Nous ne pouvons que faire monter vers Dieu une immense action de grâce pour ce demi-siècle époustouflant, si paradoxal, avec d’un côté des pontificats lumineux, forts, riches d’enseignements de toutes sortes, et de l’autre un monde qui se détourne massivement de toute idée de religion, après des siècles d’influence, parfois sans partage, de la foi chrétienne. Il est bon pour nous de ne pas perdre de vue ce fantastique héritage et d’y puiser avec surabondance, invitant nos contemporains à faire de même pour « que leur joie soit parfaite. »

 

1 Dans le vocabulaire chrétien, rendre grâce veut dire remercier Dieu pour les grâces qu'Il nous donne. Une grâce est un don gratuit de Dieu, par exemple une grâce de force quand on tient bon alors qu'on est confronté à une épreuve.

2 Dans l'Église catholique, la doctrine désigne la totalité de l'enseignement des papes, conciles et autres assemblées d'évêques au cours des siècles.

 
 
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Commentaires

Portrait de Cat-modératrice

« Jusqu’au XXe siècle, on croyait volontiers que la sainteté était réservée à ceux qui vouaient leur vie à Dieu dans le sacerdoce et la vie religieuse. »

Cela me rappelle un passage de l'autobiographie de sainte Thérèse d'Avila. Une personne dont elle était proche, mais qui était mariée et vivait dans le monde, priait aussi souvent qu'elle pouvait. Thérèse d'Avila l'avait prévenue qu'en étant ainsi dans le monde, préoccupée par toutes les obligations de son état de vie, elle ne pourrait jamais avancer dans sa vie spirituelle jusqu'à la prière de contemplation. Thérèse mentionne cet événement pour dire qu'elle s'est trompée : sans être religieuse, cette personne a effectivement développée une relation très intime avec Dieu, qui s'est traduite dans un mode de prière très contemplative.

Dans sa sainteté, Thérèse était influencée par les idées de son temps (elle souffrait profondément de croire que les luthériens étaient condamnés à l'enfer), mais elle était suffisamment humble pour constater que Dieu ne mettait pas les limites à son action auxquelles elle s'attendait.

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