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Recherche ministres de l’intérieur désespérément

Portrait de Filippo-modérateur
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Temps de lecture estimé : 5 min

Depuis plusieurs siècles, en Occident, l’intérêt pour la vie intérieure recule, au profit de la vie extérieure.

Cette vie extérieure, tout le monde la connaît. C’est même la seule vie connue de l’immense majorité des Occidentaux, surtout en Europe.
Cette vie est de plus en plus dépendante des prothèses technologiques toujours plus perfectionnées que l’homme met au point à un rythme accéléré. L’homme moderne est ballotté entre les innovations, les modes et les idées toujours changeantes. Cette vie est souvent frénétique, prise entre toutes sortes de nécessités extérieures.

Aujourd’hui plus qu’hier, nous assistons à un développement prodigieux des moyens de communication, qui permettent certes de créer des relations belles et profitables, mais qui se révèlent également être des pièges redoutables pour ceux qui ne sont pas armés contre la tentation de la superficialité et du zapping.
La télévision et les grands sites Internet nous assomment continuellement avec les turpitudes des « stars » et les atrocités commises sur toute la surface de la planète. Il n’est pas facile d’échapper par la seule force de la volonté à ce déprimant matraquage, omniprésent et permanent.
Devant ce déferlement, beaucoup se réfugient dans ce qu’on leur présente comme une vie intérieure. Il s’agit généralement de propositions de « bien-être » pour être enfin « zen », évacuer le stress par des « méthodes » plus ou moins douteuses. L’astrologie fait recette, vain remède contre la panique qui saisit beaucoup de personnes confrontées aux réalités rugueuses de l’existence.
Les « ministres de l’extérieur » (le mot latin d’où est issu le mot ministre veut dire serviteur), qui nous imposent continuellement la « bonne » pensée, sont donc légion, au risque d’étouffer l’idée même d’une vie intérieure chez le plus grand nombre.

En 1944, le grand écrivain Georges Bernanos écrivait : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » La France contre les robots, ed. Le Castor astral
 
L’absence de vie intérieure cause une détresse extrême à un nombre immense de nos contemporains. Faute de savoir qu’ils ont au cœur de leur être une vie intérieure, ils tombent au mieux dans le mal être, parfois dans la dépression, au pire dans le suicide.
Tout cela n’a rien d’étonnant, devant l’absence de « ministres de l’intérieur », de serviteurs de la vie intérieure, de personnes formées et expérimentées pour aider d’autres personnes à développer une solide vie intérieure, une vie appelée à devenir un roc. 
Ce rocher permet de faire face aux grands traumatismes de l’existence, tout comme de tenir au jour le jour dans une vie qui peut souvent apparaître comme vide ou monotone.
 

Mais quelle est cette vie intérieure ? Elle existe dans toutes les traditions religieuses et philosophiques. Il s’agit d’abord d’admettre avec St-Exupéry que « On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux ».

 
Arrêter de regarder toujours à l’extérieur de soi peut être éprouvant si l’on n’a jamais rien fait d’autre. C’est pourtant nécessaire.
On pourrait dire qu’il s’agit de « débrancher », terme particulièrement adapté dans un univers qui s’auto-congratule d’être toujours plus « connecté ».
 
Éteindre le téléphone portable, la télévision, la tablette, la radio, enlever tout texte écrit de devant les yeux, faire silence, se retirer quelques minutes à l’écart des autres personnes. En clair, ne plus solliciter les sens extérieurs. Tout cela peut faire peur, sembler impossible à l’homme moderne. Et pourtant c’est son besoin le plus fondamental, comme celui de tout être humain.
Plonger dans mes profondeurs nécessite d’être accompagné par un de ces fameux « ministres de l’intérieur », faute de quoi je constaterai seulement que je suis vide, et donc que je perds mon temps.
Effectivement, la sensation de vide est presque toujours la première, car il faut du temps, parfois beaucoup de temps, avant de voir, d’entendre, de sentir, de goûter et de toucher ce qui se trouve à l’intérieur de moi. Au début, je suis sourd, aveugle et insensible. C’est normal : mes sens intérieurs n’ont jamais servi.
Je peux également ne pas supporter que tout cela prenne du temps. À l’époque du « tout, tout de suite », je peux avoir beaucoup de mal à me dire que cette autre vie a son rythme propre, qui n’est pas du tout celui de ma vie extérieure.
 
Le « ministre » va m’aider à utiliser ma personnalité extérieure pour laisser éclore ma vie intérieure. Il va me suggérer certaines pratiques : il faudra les accepter sans vouloir tout comprendre. Accepter qu’il voit quelque chose alors que je ne vois rien. Accepter cette impuissance et cette déprise est déjà un grand pas vers la vie intérieure.
Le ministre, s’il est chrétien, va en venir à utiliser un « gros mot » dans le monde d’aujourd’hui, le mot « prière ».
La plongée dans mon intérieur peut me faire peur. C’est alors que le ministre va m’expliquer que tout au fond de cet intérieur se trouve celui qui m’attend depuis toujours, celui qui attendait que je plonge dans mon intérieur. Dieu peut se manifester dans la vie extérieure. Sa préférence pour la vie intérieure tient à ce qu’il respecte ma liberté et ne veut en rien me forcer à l’écouter. Alors je peux enfin laisser jaillir ce que l’on appelle la prière. Généralement, je vais vouloir parler en premier. J’aurais peut-être l’impression de parler dans le vide. C’est normal. Dieu est libre, il répond de la manière qui lui plaît, quand il lui plaît. Mais il m’écoute toujours.
 
Et puis je peux me dire qu’il vaut mieux écouter et donc me taire. Dieu peut me parler sans que je lui dise quoi que ce soit.
Le ministre de l’intérieur va m’inciter à prendre du temps chaque jour, pas forcément plus de 5 minutes, pour cette plongée dans mon intérieur.
Il s’agit aussi de ne pas rester seul dans ma quête. D’autres chercheurs de Dieu vont m’aider à développer ma vie intérieure. C’est encore le ministre qui peut m’aider à trouver une communauté fervente, dont les membres pratiquent cette vie intérieure, pour que je puisse partager ce que je vis.
Et alors je pourrai enfin accéder à un bonheur inimaginable pour ceux qui n’ont pas de vie intérieure. Je serai équilibré, la vie intérieure alimentant la vie extérieure et réciproquement, jamais l’une sans l’autre.
 
Aujourd’hui, le « ministre de l’intérieur » n’est pas nécessairement un prêtre. Il peut s’agir d’un chrétien adulte équilibré qui entretient une authentique vie de prière.
Ces ministres sont parmi nous, à nous de les chercher et de les supplier de nous aider à découvrir, aux deux sens du terme, notre vie intérieure.
 

 

Saint François de Sales, grand maître de vie intérieure
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Commentaires

Merci pour ce texte. Actuellement je fais une retraite par internet avec les Carmes de Paris et on travaille avec Ste Thérèse d'Avila. Grande mystique et qui nous parle de sa vie intérieure. Je viens de m'acheter le livre : introduction aux oeuvres de Thérèse d'Avila "Chateau intérieur ou Les Demeures".
J'aimerai vraiment pouvoir me retrouver encore plus intérieurement avec le Christ, le toucher, le voir encore plus avec mon coeur intérieur...mais j'ai pas encore trouvé de personnes pour m'accompagner...à part mon père spir. mais bon, on parle pas de la vie intérieure...et pour le moment il est en mission au Tchad.

Portrait de Filippo-modérateur

De mon point de vue, il est difficile de se passer, en plus d'un père ou d'une mère spirituel, de l'appui d'une communauté fervente.

C'est ce que je voulais partager dans cet article, entre autres. Je sais que ça n'a rien d'évident, selon les lieux où l'on habite et les affinités. Cependant dans notre vieille Europe où la foi chrétienne est cantonnée à des oasis qui souvent n'apparaissent même plus sur les cartes, les chrétiens isolés risquent de mourir de soif s'ils ne font pas l'effort de rejoindre un point d'eau, même si l'eau n'a pas exactement le goût qu'ils attendaient.

Il est formidable d'avoir déjà fait une rencontre personnelle avec Dieu, Benoît XVI nous y encourage. Cependant le feu risque fortement de s'éteindre s'il n'est alimenté par les bonnes bûches d'un groupe fervent.

Courage à tous ceux qui s'engagent dans ce chemin. Nous sommes nombreux mais souvent dispersés. Prions le Seigneur pour que son petit troupeau trouve les oasis et boive l'eau de la vie en abondance.

Ce texte est formidablement bien analysé. Et si on faisait un peu de silence pour se retrouver ???

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