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La parole: triomphe du vide ou libération suprême?

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Temps de lecture estimé : 7 min

Dieu nous a fait le don du langage. Nous recevons et prononçons chaque jour des mots, des phrases, des énoncés de toutes sortes. Ce langage nous est donné pour réaliser notre désir le plus profond, la communion avec Dieu et avec les autres hommes. Il s’agit donc, dans la Création, d’une réalité suprêmement bonne, une réalité pour laquelle nous pouvons remercier le Seigneur de tout notre être.

Par le langage, nous pouvons dire : « Je t’aime » à Dieu et à notre conjoint. Nous pouvons dire : « C’est formidable ce que tu fais » à nos enfants et nos amis. Nous pouvons réellement faire exister des personnes par une parole bonne, et aussi en écoutant ceux auxquels personne ne donne la parole. Dieu crée par sa parole, et nous recrée par les paroles que nous entendons dans les Sacrements.

 

La réalité suprêmement bonne du langage fait logiquement partie de celles qui sont les plus atteintes par le péché originel.

Aujourd’hui, nous assistons à des phénomènes nouveaux dans l’utilisation dégradante du langage. D’abord, le langage investit l’espace public et privé à un point jamais atteint : publicités, slogans, affiches politiques, kiosques à journaux, hauts-parleurs… il suffit de se promener dans n’importe quelle ville, pour constater que l’espace est rempli de textes et de paroles, sans aucun lien les uns avec les autres. Cette masse informe nous conditionne à notre insu et rend plus difficile l’écoute intérieure de Dieu.

À la maison, journaux, télévision, radio et Internet nous couvrent de messages de toutes sortes. Là aussi, il est difficile de garder une certaine réserve, d’autant plus que les téléphones sonnent, reçoivent des textos et des alertes sans grand répit.

Avec les réseaux sociaux, la parole peut devenir permanente, sur tout, tout de suite, et partout.

Les mots et phrases vides ont toujours existé. Aujourd’hui, les médias de masse et l’inculture ambiante permettent de les utiliser en boucle. Ils constituent un moyen commode d’éviter de penser. Ils peuvent également être utilisés pour disqualifier un adversaire sans avoir à utiliser aucun argument.

La France est l’un des pays les plus idéologiques du monde. Ce qui suis ne concerne cependant pas que la France, loin de là.

Discours public : un vide sidéral

En France, d’une part, de nouveaux éléments de langage vides surgissent presque chaque année. D’autre part, des mots anciens sont réutilisés jusqu’à la nausée par toutes sortes de perroquets incapables de formuler une véritable pensée. Enfin, l’on utilise des euphémismes qui atténuent tellement le caractère négatif d’une réalité qu’ils en viennent à la présenter comme positive.

I. Les mots creux

Voici quelques mots creux, creux parce que leur sens est totalement appauvri par ceux qui les utilisent. Ce n’est pas tant qu’ils soient mauvais en eux-mêmes, mais du fait qu’ils sont utilisés sans arrêt, sans leur précision originelle et à tout propos, leur richesse de sens disparaît. Ce ne sont plus que des vestiges de mots. Ces mots attendent qu’un jour, ils soient utilisés avec plus de parcimonie et d’exactitude.

Citons sans ordre : exclusion, diversité, tolérance, intolérance, discrimination, xénophobie, stigmatisation, amalgame, homophobie, solidarité, indigné, humanisme, citoyen, vivre ensemble, respect, crise, résistance, révolution, mondialisation…

II. Les inventions creuses

On ne se contente pas de vider des mots de leur sens, on crée des mots ou expressions creux pour désigner une réalité imaginaire, que voudrait faire exister celui qui l’utilise. Voici deux exemples :

L’expression « ordre moral » est une invention qui permet de disqualifier ceux qui sont appelés les tenants du « retour à l’ordre moral », c’est-à-dire ceux qui refusent que toute forme de morale de bon sens soit foulée aux pieds.

La « parentalité » est un mot qui est utilisé pour étendre le concept de famille au-delà de sa définition exacte, c’est-à-dire un père, une mère et un ou plusieurs enfants. Il s’agit en fait d’une arme idéologique pour permettre que l’enfant soit un pur produit du désir ou du caprice des adultes, et donc qu’il puisse être mis au service d’une personne seule ou d’un couple de personnes du même sexe, sans aucune nécessité de lien biologique.

III. Les insultes creuses

Dans la pièce « Cyrano de Bergerac », Cyrano met le vicomte au défi de l’insulter avec talent. Le vicomte échoue lamentablement, et Cyrano se lance dans une des tirades les plus célèbres du théâtre français.

Aujourd’hui, le débat politique est réduit à une dizaine d’insultes poussiéreuses, souvent des vestiges de la deuxième Guerre mondiale, mais qui fonctionnent toujours, et sont donc employées systématiquement.

Par exemple, la modernité étant l’une des valeurs absolues du moment, traiter un adversaire de « ringard » reste toujours du dernier chic.

Dès que l’on voit pointer le plus petit des arguments défendant une quelconque valeur qui ne soit pas au goût du jour, c’est la boutique des souvenirs qui sort immédiatement ses articles rances : fascisme, pétainisme, vichysme, populisme, xénophobie, heures les plus sombres de notre histoire, discrimination, discours haineux, nauséabond.

Ces mots et formules règnent sans partage dans le discours public. Ils court-circuitent toute forme de pensée, ils mettent fin à tout débat, ils mettent l’adversaire dans la position de quelqu’un d’infâme, qui n’a pas sa place dans le débat public, qui est un ennemi du genre humain.

IV. Euphémismes et abréviations abusifs

Ensuite, viennent les euphémismes et les abréviations qui permettent d’éviter de désigner nommément une réalité qui risquerait de remettre en cause la pensée dominante. Quelques exemples :

  • Pilule du lendemain pour pilule abortive d’urgence
  • Incivilité pour agression
  • Heurts pour émeutes
  • Jeunes pour voyous
  • Cités pour banlieues ghettos
  • Salle de shoot pour viol des lois anti-drogues
  • Torride pour pornographique
  • GPA pour location de ventre
  • IVG pour avortement
  • FIV ou PMA pour création d’embryons en laboratoire

V. Les mots interdits

A contrario, beaucoup de mots porteurs d’un sens riche et positif sont aujourd’hui disqualifiés et disqualifiant pour celui qui les utilise. S’il ose les prononcer, il tombe dans la catégorie décrite plus haut, celle des ennemis du genre humain, il n’a plus accès aux cercles médiatiques et politiques.

De façon inouïe, le mot « France » fait partie de ces mots interdits, sauf pour dire « en France », c’est-à-dire seulement pour désigner un lieu géographique. Mais il est interdit de dire « la grandeur de la France » ou « la vocation de la France ». Ce sont l’Europe et le Monde qui ont droit de cité, pas ce pays particulier. Assez logiquement, tout ce qui se rapporte à l’idée de pays est suspect de sympathie pour l’extrême droite et le régime de Vichy : nation, patrie, souveraineté, honneur. Ces mots sont suspects, car ils se réfèrent à la France qui est sommée de haïr son histoire, parce que cette histoire, dans l’esprit de ses détracteurs, se résume à l’esclavage, la colonisation et la collaboration.

Un autre domaine est lui aussi interdit, celui des valeurs traditionnelles. Ne parlez pas de famille (au singulier), de vérité, de conviction ou de fierté. Ces trois mots ne sont tolérés que pour les anti-valeurs issues de la pensée de 68, pas pour les vraies valeurs.

Retrouver le vrai silence et la vraie parole

Alors, que faire pour que notre esprit ne soit pas complètement contaminé par ces attaques violentes contre notre vie intérieure, notre pensée, notre capacité à écouter et à parler à bon escient ?

Ménager des moments de silence complet dans nos journées est un premier moyen. Silence des sons, silence des textes, silence des images. À chacun de trouver ses façons de faire. Nous pouvons également organiser notre logement en ce sens. S’il est envahi d’écrans allumés, de sons, radio ou hifi et d’images de toutes sortes, nous reproduisons ce qui se passe dans l’espace public et notre cœur reste plein de tout ce bruit, sans place pour Dieu et pour notre propre pensée. Nous sommes les jouets de toutes les influences extérieures, et notre parole est vide, impuissante à aider nos frères humains.

Autant que possible, nous pouvons nourrir notre esprit avec la Parole de Dieu, la Bible, mais aussi avec la parole mise par écrit, des livres qui vont nous nourrir. Pas besoin de chercher un traité de théologie. Livres chrétiens ou non, le tout est de ménager un vrai silence pour ouvrir notre esprit à d’autres réalités, dans le calme et la paix. Ma parole sera alors pleine, utile aux autres, évangélisatrice par elle-même.

Une Parole qui fait vivre

Dieu a envoyé son Fils Jésus, Parole éternelle, nous parler, parce qu’Il nous aime.

« Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils » (Hébreux, chap. 1, v. 1 et 2).

Non seulement la Bible nous accompagne, mais l’Église, qui est le Christ continué sur terre, parle au nom de Dieu. C’est suprêmement dans la liturgie que Dieu nous parle. Nous ne pouvons pas réellement savoir ce que Dieu veut nous dire si nous ne venons pas « écouter » l’Eucharistie dominicale. Et puis, nous bénéficions de deux millénaires de Tradition de l’Église. Écriture et Tradition sont les Tables du Seigneur pour nous, toutes deux portées par l’Église.

Un article de ce site parle des 50 années de lumière que nous venons de vivre, avec une richesse doctrinale inouïe. Il ne tient qu’à nous de nous approprier cet enseignement, au moins certains éléments, pour boire à la source de vie.

Oui, Dieu nous parle, et sa parole est efficace dans nos vies.

« La parole qui sort de ma bouche ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j'ai voulu et réalisé l'objet de sa mission. » (Isaïe, chap. 55, v. 11)

Il nous revient de choisir entre laisser le monde ambiant faire de nous des êtres envahis par le bruit, et le vide qu’il génère, ou bien de laisser Dieu nous envahir par sa Parole puissante qui donne la Vie.

« Vois, je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur. Choisis donc la vie ! » (Deutéronome, chap. 30, v. 15 et 19).

 
 
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