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L’Arche

Article du blog: 

Temps de lecture estimé : 3 min

Par P. Poupard, responsable de la communauté de l’Olivier

L’Arche est d’abord l’histoire d’une rencontre, rencontre de Jean Vanier avec le père Thomas Philippe, rencontre entre Jean et Raphaël Simi et Philippe Seux, deux adultes déficientes intellectuels, rencontres suivie de multiples autres depuis bientôt 50 ans… Rencontre qui fait écho à bien des rencontres relatées dans la Bible…

Rencontre qui suppose du temps, un apprivoisement mutuel, une réelle réciprocité et d’accepter de se laisser toucher, de quitter ses certitudes et ses habitudes, d’accepter de perdre pied aussi…  Rencontre qui provoque une transformation en profondeur, qui révèle ce qu’il y a de plus précieux en chacun…
L’Arche est née en 1964, elle est présente dans une quarantaine de pays et regroupe 138 communautés, constituées chacune de foyers et de lieux de travail ou d’activités.

Avant d’être un lieu d’accueil, d’accompagnement et de travail, l’Arche est d’abord un lieu de vie.
Une de ses spécificités est d’allier 3 dimensions : communautaire, spirituelle et professionnelle. Loin de s’opposer, ces 3 dimensions s’interpénètrent…

C’est à la fois une tension permanente, un équilibre précaire mais aussi une richesse incomparable que de vivre ces 3 dimensions, distinctes mais inséparables.


ð La dimension communautaire est caractérisée par les rencontres gratuites et les relations de réciprocité qui se tissent entre les membres de la communauté, en particulier avec ceux qui ont un handicap mental.


ð La dimension professionnelle requiert des compétences humaines et techniques. Le savoir, le savoir-faire et le savoir-être sont nécessaires pour accompagner des personnes avec une déficience intellectuelle. Les compétences s’acquièrent dans la vie quotidienne et par la formation.


ð La dimension spirituelle dit le désir de l’être-humain d’approfondir sa capacité d’aimer, de vivre des relations de communion en vérité avec les autres et avec Dieu. Chacun est invité à approfondir ou à découvrir sa vie spirituelle et à la vivre selon sa propre tradition. L’Arche est une communauté de foi enracinée dans des traditions religieuses ou interreligieuses. Toute personne, croyante ou non, est bienvenue et respectée dans sa liberté de conscience.

 

Vivre à l’Arche, c’est faire l’expérience du paradoxe.

 

Beaucoup d’entre nous y sommes venus avec un désir de générosité. Et nous avons pris peu à peu conscience de l’ambiguïté de ce désir… Nous sommes venus comme celui qui sait, qui sait ce qui est bon pour l’autre, comme celui qui donne, en attendant implicitement une reconnaissance… dans une attitude de bien portant face au malade, de personne forte face à la personne fragile… Et nous avons été ramenés, parfois brutalement, à nos propres fragilités, à nos propres impatiences, à notre agressivité, à nos peurs…


Le père Joseph Wresinski appelait « charité lumbago », cette attitude de générosité ambiguë qui consiste à venir en aide tout en restant dans une position de dominant ou celle, plus contemporaine, de celui qui se méfie de l’attitude compassionnelle et veut garder la bonne distance sans se laisser toucher.
Le cri de la personne exclue ou fragile est d’abord un appel à la reconnaissance, à la relation réciproque. Comment entendons-nous cet appel ?
Entrer dans une relation de réciprocité c’est prendre le risque de la vulnérabilité, c’est découvrir notre humanité commune.
À l’Arche, la communauté donne un cadre à cette rencontre, qui permet de faire tomber nos protections et à donner le meilleur de nous-mêmes.

Paradoxe de faire un acte de persévérance et de volonté mais aussi d’abandon et de lâcher prise…
Paradoxe d’expérimenter la nécessité du professionnalisme et l’abandon à l’Esprit qui souffle où il veut…
Paradoxe d’être confrontés quotidiennement à la souffrance du handicap, souffrance bien réelle et parfois insupportable, et en même temps d’accueillir la joie profonde qui jaillit de notre vie partagée…
Paradoxe de vivre avec des personnes lentes et fragiles, dans une société qui prône la vitesse, l’efficacité, le paraître, la réussite et qui fuit tout ce qui lui rappelle sa finitude…

L’expérience de l’Arche, c’est l’expérience du lavement des pieds. Paradoxe incroyable, inimaginable, inacceptable pour Pierre, de Jésus, le Seigneur et le maître, qui s’agenouille aux pieds de chacun de ses disciples. Expérience de se laisser toucher, de se laisser faire, expérience de la dépendance et du service mutuel. Expérience de vulnérabilité de douceur et de tendresse, qui précède la violence et l’extrême dureté de la passion…
L’expérience de l’Arche c’est aussi l’expérience du paradoxe suprême, l’expérience du mystère pascal, la vie qui surgit à l’endroit de la mort, qui renaît du lieu de la blessure… expérience offerte à tous, chrétiens ou non.

 

 

Jean Vanier et une personne handicapée
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Commentaires

Grand merci de ce partage! C'est touchant de vous lire !Nicole Paquette Laparé amis de L'Arche-Montréal et personne de la communauté Foi et Partage de Valleyfield au Québec

Portrait de Cat-modératrice

Bonjour Nicole, n'hésitez pas à nous partager vous aussi votre expérience avec l'Arche et Foi et Partage.

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