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Hommage à mon amie Gi, femme thaïlandaise prostituée

Portrait de Nénuphar
Article du blog: 

Temps de lecture estimé : 4 min

Ayant eu l’occasion de retourner quelques semaines en Thaïlande cet été, j’ai aussi appris la mort de ma grande amie Gi, à qui je veux rendre hommage à travers cet article.

Je n’ai pas pu savoir comment Gi a trouvé la mort, la personne qui me l’a appris n’en savait pas plus. C’est au cours de l’année et demie passée à Pattaya (ville de Thaïlande organisée pour la prostitution pour les touristes) que je me suis liée avec cette jeune femme dont j’avais fêté le 29 ans le 1er août 2008.

Anniversaire des 28 ans de Gi à Pattaya

J’ai commencé à connaître Gi en janvier 2008, alors que j’avais rencontré tout un groupe de femmes se prostituant sur la plage, à qui j’allais rendre visite très régulièrement.
Gi était souvent avec les femmes de ce groupe. Je la connaissais de vue, mais je n’avais jamais parlé avec elle, ni vraiment fait attention à elle.

Un jour vers la mi-février, je l’ai croisée toute seule sur la plage, et ce fut la première occasion où nous avons discuté toutes les deux. Je me suis rendue compte que pour sa part, elle me considérait déjà depuis longtemps comme son amie.

Gi m’a raconté sa situation familiale, qui est la même que celle d’un grand nombre de femmes qui se prostituent à Pattaya : elle avait un enfant, F., d’un homme dont elle s’était séparée. C’est sa mère qui élevait F. Celui-ci appelait sa grand-mère « Maman », et les rares fois où il voyait sa mère, il l’appelait « grande sœur ». Gi, comme un grand nombre de femmes à Pattaya, avait perdu sa carte d’identité. Sans carte d’identité, elle ne pouvait pas faire un travail normal, ni même se prostituer d’une façon moins humiliante que sur la plage, en étant salariée dans un bar. Elle ne pouvait pas faire refaire une carte, car pour cela il fallait un papier qui se trouvait chez sa mère, et elle ne pouvait pas rendre visite à sa mère et à son fils, car elle ne leur avait pas envoyé d’argent depuis longtemps, et n’en avait pas à leur apporter… et elle ne serait pas bienvenue dans la famille sans rien à leur donner.

La grande et confortable maison de la famille de GiJe lui ai donc proposé de l’accompagner le lendemain chez sa mère, qui habitait alors à Bangkok, pour qu’elle puisse revoir sa mère et son fils, et récupérer ses papiers. Gi a accepté, et elle est sortie rendre visite à ses amies de la plage, en me promettant de rentrer pas trop tard. Elle n’est rentrée que le surlendemain matin, complètement ivre, en me demandant pardon les mains jointes d’un air totalement désespéré. L’avant-veille, ses amies l’avaient empêchée de retourner chez moi, et elle n’avait pas osé venir le lendemain. Par la suite elle n’a pas osé accepter ma proposition.

Mon amie a ensuite rencontré un Européen, qui est devenu son « petit ami » — c’est ainsi que les femme de Pattaya appellent les hommes avec qui elles vivent un temps plus ou moins long, en échange d’une aide matérielle importante, qui est présentée non comme un paiement, mais comme le fait normal qu’un petit ami fasse des cadeaux à sa petite amie et aide la famille de celle-ci dans le besoin. Les familles ont souvent beaucoup d’ingéniosité pour présenter des besoins urgents et dramatiques aux petits amis de leurs filles… C’est une façon de masquer la prostitution. Quand ce genre de relation aboutit à un mariage, le harcèlement de la famille devient parfois infernal pour le couple.

Elle est venue un jour me rendre visite avec lui. Celui-ci n’était au départ pas très à l’aise de venir chez moi, mais je l’ai accueilli le plus amicalement possible. Il a alors rapidement commencé à se confier à moi et à me raconter un évènement traumatisant de sa vie, survenu quelques années plus tôt, lors de la guerre en Irak, et qui l’avait visiblement anéanti.

L’Européen m’a dit qu’il voulait emmener Gi dans différentes villes de Thaïlande pour lui faire découvrir son propre pays, puis l’emmener à Khonkaen, pour qu’elle puisse refaire ses papiers d’identité.

Gi et son Européen ont vécu ensemble à Khonkaen pendant plusieurs semaines. Elle me donnait des nouvelles de temps en temps, la cohabitation semblait de plus en plus infernale… L’Européen passait son temps à boire avec ses amis, sans permettre à Gi de se joindre à eux. Il interdisait aussi à Gi de fréquenter ses propres amies, et même de leur téléphoner. Il voulait bien par contre qu’elle soit en contact avec moi, et il avait même proposé de me payer le trajet en bus pour que je vienne leur rendre visite à Khonkaen. Un jour Gi m’a dit qu’il l’avait menacée avec un couteau, suite à quoi elle avait rompu définitivement avec lui.

Gi visitant mon amie à l'hôpitalIl se trouve que Gi connaissait bien ma grande amie N., et qu’elles avaient même habité ensemble un temps l’année dernière. Fin juillet, j’étais allée à l’hôpital de Khonkaen auprès de N. qui s’était fait opérer. Gi aussi est venu lui rendre visite, et cela a été l’occasion pour qu’ensuite elle m’emmène dans son village de Khonkaen, où elle n’avait pas cessé d’habiter avec sa famille depuis sa rupture avec son petit ami européen.

J’ai pu me rendre compte avec tristesse que, comme pour d’autres amies se prostituant, la famille qui avait envoyé Gi chercher du « travail » à Pattaya était loin d’être dans la misère… Par contre, j’ai aussi pu constater avec joie que F. savait maintenant qui était sa mère, et que c’est Gi qu’il appelait « Maman » (« Mêê » en thaï).

 
 
Mon amie Gi et son fils
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Commentaires

Portrait de nathalieD

merci de ton témoignage pour gi il y a des vies où la croix est si grande et prégnante qu'aujourd'hui en ce jour du 14 septemnbre jour de l'exaltation de la sainte croix ,nous pouvons croire et nous réjouir qu'au ciel ton amie est enfin heureuse .je pense souvent à ste Thérèse de l'enfant Jésus qui disait que si Dieu n'avait pas retiré les pierres de sa route , elle aurait pu être une prostituée

Portrait de Nénuphar

Merci Nathalie. Elle avait un grand cœur, elle ne peut pas avoir refusé l'amour de Dieu à sa mort !

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